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RDC : Avancées militaires, violences persistantes et fractures politiques

Alors que les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et les groupes d’autodéfense wazalendo annoncent la reprise de deux localités stratégiques au Nord-Kivu, une réalité plus sombre persiste dans l’ombre des communiqués victorieux. Les retraits du M23 de Kazinga et Mukole marquent-ils un tournant tactique ou une simple manœuvre de repositionnement ? Si les armes se sont tues, un calme précaire règne, et des milliers de civils, rescapés des combats, errent encore dans la brousse, trop terrorisés pour regagner leurs foyers. Cette avancée, si elle est confirmée, contraste brutalement avec l’impunité qui prévaut sur l’axe Kashebere–Kibati, où le pillage reste le lot quotidien des commerçants sous le contrôle de l’AFC/M23.

Derrière les lignes de front, un autre fléau, plus silencieux mais tout aussi destructeur, continue de ravager les communautés. Le Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme dresse un bilan accablant des violences sexuelles en RDC : 887 cas documentés pour 1 534 victimes en 2025, dont 75% imputables aux groupes armés. Le M23 arrive en tête de ce macabre classement. Faut-il y voir la conséquence d’une stratégie de terreur ? Plus troublant encore, 19% des cas impliquent des acteurs étatiques, que ce soit la police, l’ANR ou les FARDC. Face à cette tragédie, la campagne lancée contre l’esclavage sexuel et pour la protection des enfants nés du viol sonne comme un aveu d’impuissance, alors que moins de 2% des victimes bénéficient d’une prise en charge holistique. Comme le souligne Patrice Vahard du BCNUDH, « les statistiques trompent très souvent », car elles ne reflètent que le courage de celles qui osent parler.

À des milliers de kilomètres de là, à New York, la Première ministre Judith Suminwa porte cette douleur sur la scène internationale. Devant l’ONU, elle dénonce avec force l’agression rwandaise et les violences faites aux femmes. Son discours, aussi nécessaire soit-il, résonne-t-il comme un écho lointain pour les survivantes de Rubaya, frappées par un nouveau glissement de terrain dans une zone minière sous contrôle rebelle ? La symbolique d’un gouvernement dirigé par une femme et l’annonce de nouveaux bureaux permanents face au siège des Nations Unies peinent à masquer le décalage abyssal entre les déclarations de principe et la réalité humanitaire sur le terrain du Nord-Kivu.

Cette dichotomie entre le dire et le faire semble également structurer la vie politique interne. L’affaire Bahati Lukwebo au Sénat est symptomatique des tensions qui traversent la majorité présidentielle. Accusé d’avoir émis des réserves sur une éventuelle modification constitutionnelle, le deuxième vice-président de la chambre haute tente de recadrer ses propos, affirmant avoir été mal compris. Mais la machine est en marche : une pétition pour sa déchéance a recueilli plus de 37 signatures. Son propre groupe politique, l’AFDC-A, s’est désolidarisé de lui. Cette séquence pose une question fondamentale : dans l’« Union sacrée » prônée par le pouvoir, la loyauté exigée laisse-t-elle encore place au débat démocratique ? Pour l’opposant Claudel André Lubaya, elle confine à la servilité, toute voix dissonante étant assimilée à une faute politique. Le Président Tshisekedi joue-t-il gros en tolérant si peu la contestation au sein de ses rangs ?

En parallèle de ces remous politiques, un dossier économique majeur refait surface. L’annonce d’un audit technique et financier du projet SICOMINES est saluée par la société civile, mais sous conditions. La coalition « Le Congo n’est pas à vendre » exige un examen rétroactif sur 17 ans, un financement par le Trésor public et une publication intégrale des résultats. Cette vigilance est légitime, tant les opacités ont entouré ce contrat sino-congolais. Le paiement de 22,5 millions de dollars de jetons de présence lors de la précédente renégociation est pointé du doigt. Cet audit représente-t-il une réelle volonté de transparence ou une manœuvre pour calmer l’opinion avant de signer un nouvel avenant ? La crédibilité du processus en dépend entièrement.

Alors que la session parlementaire s’ouvre, avec le dépôt de la pétition contre Bahati Lukwebo à l’ordre du jour, le pouvoir se retrouve à un carrefour. Il doit gérer une offensive médiatique à l’international, une pression sociale pour plus de transparence sur les mines, et des fractures internes qu’il ne peut plus ignorer. Les reprises territoriales à l’Est, si elles se consolident, seront le premier test de sa capacité à traduire les victoires militaires en sécurité et en justice pour les populations. Sans cela, les discours à l’ONU et les audits annoncés risquent de n’être que l’écume d’une vague bien plus profonde de mécontentement et de souffrance.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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