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Goma : la foire où les femmes handicapées défient l’occupation rebelle

Au cœur du stade paralympique de Goma, une silhouette assise sur un vélo tricycle attire tous les regards. Maombi Saidi, les yeux rivés sur son grill de fortune, surveille des épis de maïs qui crépitent doucement. Femme vivant avec un handicap, elle est l’une des dizaines d’exposantes à avoir répondu présent à la foire organisée pour lancer le mois des droits des femmes. Comment ne pas être admiratif devant une telle détermination, dans une ville, Goma, étouffée par l’occupation rebelle depuis plus d’une année ?

Malgré l’ambiance conviviale et les couleurs des étals, une tension palpable plane. Entre les stands d’artisanat, les produits agricoles et les odeurs de cuisine, se joue une autre bataille, bien plus silencieuse : celle de la survie quotidienne. La résilience des femmes à Goma n’est pas un simple slogan, c’est une réalité vécue à chaque instant. Pour Maombi Saidi, chaque épi de maïs vendu représente une bouée de sauvetage. « Je suis venue ici avec du maïs à vendre pour 20 000 francs congolais, mais c’est comme si je ne parviendrai pas à tout écouler… En tout cas, ça ne va pas », confie-t-elle avec une sérénité qui force le respect. Ses mots résonnent comme un écho aux préoccupations de milliers d’autres.

Cette foire des droits des femmes organisée par les acteurs de la lutte contre les violences basées sur le genre est bien plus qu’un événement commercial. C’est un acte de résistance. Un espace où l’on célèbre le courage, mais où l’on expose aussi, sans fard, les difficultés criantes. L’initiative met en lumière un paradoxe frappant de la région du Nord-Kivu : une vitalité économique portée majoritairement par des femmes qui doivent composer avec l’insécurité, la précarité et, pour certaines, un handicap qui double les obstacles. Que faut-il de plus pour briser les chaînes de la dépendance ?

Le parcours de Maombi Saidi est emblématique de cette lutte. Refusant la mendicité, elle se bat pour offrir un avenir à ses enfants. Son appel est simple, mais poignant : « Que les autorités nous ramènent la paix pour que nous, femmes vivant avec handicap, puissions trouver comment vivre sans aller mendier. » Cette demande, c’est le cri du cœur de toute une province. Car sans paix, les efforts de ces entrepreneuses de l’ombre restent fragiles, constamment menacés par la tourmente du conflit en RDC.

Gladys Mubuya, activiste présente sur les lieux, parcourt les allées pour encourager les participantes. Elle souligne la dimension collective de cet effort. « Cette foire, c’est pour célébrer la résilience des femmes qui se trouvent dans différents coins du Nord-Kivu. Malgré la situation, elles continuent à montrer leur force et leur courage », explique-t-elle. Des secteurs aussi variés que l’agriculture, la petite restauration ou l’artisanat deviennent ainsi des terrains d’expression pour leur ingéniosité. Pourtant, derrière chaque sourire échangé avec un client, se cache l’angoisse de l’incertain.

En marge des étals, des discussions sérieuses ont lieu. Elles abordent les défis structurels : les violences sexuelles, l’accès limité au crédit, la pression économique exacerbée par la guerre. Ces échanges rappellent que la célébration des droits ne peut faire l’impasse sur un plaidoyer fort pour des conditions de vie décentes. La situation des femmes en RDC, particulièrement dans l’Est en proie aux conflits, nécessite plus que des discours. Elle exige des actions concrètes pour sécuriser leurs moyens de subsistance et protéger leur intégrité.

Alors que le soleil commence à décliner sur le stade paralympique, Maombi Saidi range doucement son matériel. Sa journée a été longue, les ventes, modestes. Mais son regard n’a pas perdu son éclat. Elle incarne, à elle seule, cette force tranquille qui refuse de plier. Son histoire, et celle de toutes les femmes présentes à cette foire, pose une question fondamentale : jusqu’à quand la communauté internationale et les autorités nationales pourront-elles ignorer le potentiel immense de ces femmes, pilier essentiel de la stabilité et du développement du Nord-Kivu ? Leur résilience est une leçon de courage, mais elle ne doit pas être une condamnation à une lutte éternellement inégale. L’espoir d’un lendemain meilleur pour les femmes de Goma passe inexorablement par le retour d’une paix durable et inclusive.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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