La République Démocratique du Congo franchit un pas décisif vers la clarification d’un partenariat minier historique. L’Agence de pilotage, de coordination et de suivi des conventions de collaboration (APCSC) a officiellement annoncé le lancement d’un audit technique et financier exhaustif du projet SICOMINES. Cette initiative, pilotée par des firmes internationales, a pour objectif affiché de faire éclater « la vérité des chiffres » sur près de deux décennies d’exécution de la convention sino-congolaise. Une démarche saluée comme un signal fort en faveur de la transparence des ressources minières.
Le Directeur général de l’APCSC, Freddy Yodi Shembo, a confirmé que ce processus scrutera l’intégralité des dimensions critiques du partenariat : minières, énergétiques, infrastructurelles, financières, fiscales et contractuelles. Cette approche holistique répond directement aux préoccupations exprimées de longue date par les observateurs de la société civile et les experts économiques. Comment, en effet, évaluer la santé d’un projet si l’on n’en ausculte pas tous les organes vitaux ?
La coalition « Le Congo N’est Pas à Vendre » (CNPAV) a immédiatement salué cette annonce, y voyant une avancée potentielle vers une gouvernance plus équitable du « Contrat du Siècle ». Jean Claude Mputu, porte-parole du CNPAV, a toutefois assorti cet encouragement d’exigences claires : « L’audit ne doit pas être une simple formalité administrative, mais le point de départ d’un réel rééquilibrage des intérêts. » L’organisation insiste sur la nécessité d’une indépendance totale de l’exercice, financé par le trésor public et non par le projet lui-même, et exige que ses conclusions déclenchent, le cas échéant, des enquêtes judiciaires sérieuses.
Ce processus s’inscrit dans la continuité des renégociations engagées sous l’actuelle mandature. Le fameux avenant 5 de la convention, signé en mars 2024, avait déjà tenté de rectifier le tir en rehaussant les investissements en infrastructures de 3,2 à 7 milliards USD et en accordant à la Gécamines un rôle clé dans la commercialisation de 32% de la production. Une réponse aux critiques de l’Inspection Générale des Finances qui pointait, en 2023, un « important déséquilibre financier » au détriment de la RDC. L’audit SICOMINES actuel a donc pour mission de faire la lumière sur la période couvrant les régimes Kabila et Tshisekedi, sans volonté de « chasse aux responsables » selon l’APCSC, mais avec la ferme intention d’établir les faits.
Pourquoi cet exercice de transparence est-il capital ? Parce que le projet minier RDC Chine représente un pilier essentiel de l’économie nationale. Sa réévaluation sous l’angle de normes internationales comme celles de l’ITIE (Initiative pour la Transparence dans les Industries Extractives) est fondamentale pour restaurer la confiance des citoyens et des investisseurs. La mise à nu des comptes et des pratiques déterminera si les retombées promises ont effectivement profité au développement du pays ou si elles se sont égarées dans les méandres de l’opacité.
L’APCSC voit dans cet audit le préalable indispensable à la signature d’un avenant 6. Les conclusions des experts serviront de base factuelle à de nouvelles négociations avec le Groupement des Entreprises Chinoises (GEC). L’enjeu est de taille : il s’agit de verrouiller définitivement un partenariat « gagnant-gagnant » qui, au-delà des chiffres, doit se traduire par des infrastructures durables, une industrialisation palpable et une amélioration concrète des conditions de vie des Congolais. La société civile, par la voix du CNPAV, s’est dite prête à collaborer activement à ce processus, en soumettant ses analyses détaillées sur le projet hydroélectrique de Busanga et les développements futurs.
En définitive, l’audit SICOMINES est bien plus qu’un contrôle comptable. Il symbolise une quête de souveraineté économique et de justice fiscale. Sa réussite dépendra de son indépendance réelle, de la publication intégrale de ses résultats et de la volonté politique d’en tirer toutes les conséquences. La balle est désormais dans le camp des auditeurs internationaux et des autorités congolaises. Le peuple congolais, légitime propriétaire de ces ressources, attend des actes et non plus seulement des promesses.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
