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Constitution 2006 : Le Sénat RDC désavoue son vice-président Bahati Lukwebo

La rentrée parlementaire 2026 en République Démocratique du Congo s’annonce sous le signe d’une tempête politique interne, révélant les fractures au sein même des institutions censées incarner la stabilité. La réunion du Bureau du Sénat ce samedi 7 mars, bien que formellement consacrée aux préparatifs techniques de la session de mars, a été largement dominée par la nécessité de contenir les conséquences d’une prise de parole jugée inopportune. Dans un contexte où l’agression rwandaise à l’Est via le M23 mobilise l’énergie nationale, les propos du deuxième vice-président de la chambre haute, Modeste Bahati Lukwebo, sur la Constitution 2006 RDC ont forcé l’institution à un exercice périlleux de clarification et de recadrage.

Par la voix de sa rapporteure, Nerfititi Ngundianza, le Bureau a pris soin de tracer une ligne rouge nette entre les opinions individuelles et la position officielle de l’institution. Les déclarations de Bahati Lukwebo, qui a estimé lors d’une conférence de presse le 4 mars que le débat sur une révision constitutionnelle était prématuré et que le président Tshisekedi acheverait son mandat en 2028, ont été catégoriquement désavouées. « Exprimés à titre strictement personnel », ces propos « n’engagent en aucune manière l’institution sénatoriale dans son ensemble », a-t-elle martelé. Cette mise au point publique, adressée à l’opinion nationale et internationale, est un acte politique lourd de sens : elle signale que le Sénat refuse d’être l’arène où se jouent, de manière désordonnée, les batailles de succession ou les guerres de positionnement.

Mais pourquoi une telle sortie médiatique crée-t-elle un tel séisme ? La réponse réside dans la symbolique et la temporalité. La célébration du 20e anniversaire de la Constitution du 18 février 2006 a rouvert, comme à chaque commémoration, un débat sociétal profond sur l’adaptation du texte fondamental aux réalités contemporaines. Dans un environnement politique congolais toujours fébrile, toute parole d’une haute autorité sur ce sujet est immédiatement interprétée, décryptée et instrumentalisée. En affirmant que « la RDC n’a pas un problème de textes, mais plutôt un problème d’hommes », Bahati Lukwebo a, volontairement ou non, jeté une pierre dans le jardin de ceux qui, au sein même de la majorité présidentielle « Union Sacrée de la Nation », pourraient nourrir des ambitions ou des stratégies de recomposition politique liées à une éventuelle révision.

Le Bureau du Sénat a donc joué la carte de l’apaisement institutionnel et de la solidarité de façade. Le ton était grave, empreint d’un appel solennel à la responsabilité. « Les institutions de la République doivent demeurer des espaces de cohésion, de stabilité et de responsabilité politique et non le cadre d’expressions individuelles susceptibles de fragiliser l’unité nationale », a déclaré Nerfititi Ngundianza, citant mot pour mot la position du Bureau. Cet avertissement, bien que formulé de manière générale, vise clairement à calmer le jeu et à éviter que la chambre haute ne devienne une scène de divisions spectaculaires, alors que le pays est engagé dans un conflit armé à l’Est.

Pourtant, cette volonté d’étouffer la polémique pourrait arriver trop tard. La réaction au sein de la famille politique de Bahati Lukwebo a été foudroyante. Une pétition circulant pour demander sa déchéance du poste de deuxième vice-président, et qui doit être déposée à l’ouverture de la session de mars, illustre la violence des réactions internes. Cette initiative démontre que la prise de position du sénateur est perçue comme une trahison ou, à tout le moins, comme une entorse à la ligne d’un camp politique. Le contrôle parlementaire, thème officiel de la session à venir, risque donc d’être éclipsé par des règlements de comptes partisans et des manoeuvres d’appareil.

Dans cette affaire, le président du Sénat, Jean-Michel Sama Lukonde, et son bureau marquent ainsi leur territoire. Ils réaffirment la primauté de l’institution sur les egos et les agendas individuels. En se plaçant comme gardiens d’un cadre républicain strict et en réitérant leur « attachement aux idéaux » du président Tshisekedi, ils tentent de préserver la crédibilité du Sénat dans un paysage politique souvent tumultueux. Mais cette crise soulève des questions plus profondes : la solidarité nationale invoquée peut-elle résister à l’ambition personnelle et aux luttes sourdes pour l’influence ? La discipline républicaine prêchée par le Bureau sera-t-elle audible dans les couloirs du pouvoir où bruissent déjà les conjectures sur l’après-2028 ?

Alors que les projecteurs de la rentrée parlementaire 2026 se braquent sur le Palais du Peuple, l’épisode Bahati Lukwebo sert de rappel cruel : les plus grandes menaces pour la stabilité congolaise ne viennent pas toujours de l’extérieur. Parfois, elles naissent et se nourrissent au cœur même des institutions, dans le flou entretenu autour des intentions et des interprétations constitutionnelles. La manière dont le Sénat gérera les conséquences de cette sortie médiatique – entre sanction politique et recherche d’un consensus mou – sera un indicateur clé de sa maturité et de sa capacité à rester un pilier dans la tourmente.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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