La Communauté d’Afrique de l’Est (EAC) lance un appel pressant à l’Union africaine. À l’issue de son 25ᵉ sommet tenu à Arusha, en Tanzanie, le bloc régional a exhorté l’organisation continentale à débloquer les ressources financières et logistiques indispensables à son propre processus de médiation dans l’Est de la République démocratique du Congo. Cette demande vise à soutenir l’action du médiateur principal de l’UA, le président togolais Faure Essozimna Gnassingbé, et à donner une impulsion décisive à une paix qui semble toujours hors de portée.
Cette requête fait suite à une clarification majeure de l’architecture de médiation de l’UA, finalisée lors d’une réunion de haut niveau à Lomé en janvier 2026. Face à la persistance des tensions entre Kinshasa et Kigali et au blocage des pourparlers avec la rébellion M23, l’organisation a cherché à rationaliser ses efforts. Le processus est désormais structuré autour d’une équipe de cinq anciens chefs d’État africains, chacun responsable d’un dossier spécifique. L’ancien président nigérian Olusegun Obasanjo est chargé des questions militaires, tandis que l’ex-présidente éthiopienne Sahle-Work Zewde gère le volet humanitaire. Uhuru Kenyatta du Kenya dialogue avec les groupes armés locaux, Mokgweetsi Masisi du Botswana supervise la coopération économique régionale, et Catherine Samba-Panza de Centrafrique s’occupe de la société civile et de la réconciliation.
Cette médiation de l’Union africaine se veut complémentaire aux processus parallèles de Washington et de Doha, mais ceux-ci marquent le pas. Malgré l’implication personnelle d’acteurs internationaux de premier plan et la signature d’accords entre les présidents Félix Tshisekedi et Paul Kagame, la méfiance reste palpable. Kinshasa et Kigali continuent de s’accuser mutuellement de mauvaise foi, rendant toute avancée concrète fragile. Les discussions de Doha, censées traiter des racines du conflit comme la restauration de l’autorité de l’État, sont quant à elles dans l’impasse. Des mécanismes pourtant actés, comme le cessez-le-feu, attendent toujours une mise en œuvre effective sur le terrain.
Dans ce contexte, la question des moyens attribués à la médiation Union africaine en RDC devient cruciale. Comment une mission aussi complexe, impliquant des personnalités de haut vol et couvrant un large spectre de problématiques, peut-elle réussir sans un soutien opérationnel robuste ? Le sommet de l’EAC à Arusha souligne cette lacune et pousse l’UA à assumer pleinement son leadership. Un secrétariat conjoint, associant le Togo, l’UA, l’EAC, la SADC et la CIRGL, est prévu pour coordonner les actions, mais son efficacité dépendra directement des ressources qui lui seront allouées.
Parallèlement, l’initiative de dialogue national, réclamée par de nombreux acteurs sociopolitiques congolais pour créer un consensus interne autour de la paix, reste en suspens. Le président Tshisekedi maintient que cette prérogative lui appartient exclusivement, malgré les pressions. Cette inertie politique contraste avec l’urgence de la situation humanitaire dans l’est du pays, où les populations civiles paient un lourd tribut aux affrontements récurrents.
L’appel lancé depuis Arusha représente donc un test de crédibilité pour l’Union africaine. Le continent peut-il résoudre ses crises les plus envenimées par ses propres moyens et avec sa propre diplomatie ? La réponse passera par la capacité de l’UA à transformer sa feuille de route ambitieuse en actions tangibles. Sans un engagement financier et logistique à la hauteur des défis, le risque est grand de voir le processus de paix dans l’Est du Congo sombrer dans les limbes du dialogue perpétuel, tandis que les armes continuent de parler. La balle est désormais dans le camp des instances dirigeantes de l’Union africaine, dont la réponse déterminera l’avenir immédiat de la région des Grands Lacs.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
