Une opération militaire conjointe d’envergure a été menée par les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC) et l’Armée de défense du peuple ougandais (UPDF) dans la province de l’Ituri. Du 5 au 8 mars 2026, les troupes coalisées ont lancé une offensive majeure dans la localité d’Ekulungu, en territoire de Mambasa, visant à démanteler des sanctuaires des Forces démocratiques alliées (ADF). Cette intervention marque un tournant dans la traque de ce groupe armé notoire.
Selon les déclarations des autorités militaires, quatre bastions ADF ont été totalement détruits au cours de ces assauts. L’offensive conjointe FARDC UPDF s’est concentrée sur la région de Mugbere, précisément autour d’Ekulungu. Le plus important de ces fiefs, dénommé Mungusu, a été le théâtre d’intenses bombardements. Les frappes aériennes et terrestres ont infligé des pertes sévères aux insurgés, brisant ainsi une logistique établie de longue date dans cette zone forestière.
Le bilan humain du côté des rebelles est lourd. Plusieurs éléments ont été neutralisés, dont au moins quatre officiers de rang. Parmi les victimes identifiées figure un personnage clé de l’organisation : le médecin personnel du chef de guerre Moussa Baluku. La mort de ce soignant, essentiel au maintien de la santé du commandant suprême des ADF, représente un coup dur pour la chaîne de commandement et la résilience du groupe. L’élimination du médecin de Moussa Baluku prive la rébellion d’une compétence médicale rare en son sein.
Au-delà des pertes humaines, l’opération a permis des saisies significatives. Un dépôt de vivres appartenant aux rebelles a été récupéré, mettant à mal leurs capacités de ravitaillement. Une caméra a également été confisquée, potentiellement porteuse d’informations sur leurs activités. Le succès le plus marquant reste sans conteste la libération de dix otages, arrachés des mains de leurs ravisseurs après une période de captivité dont les conditions demeurent inconnues. Cette libération d’otages ADF dans l’Ituri redonne espoir aux familles de nombreuses autres personnes toujours portées disparues.
La paix est-elle pour autant revenue à Ekulungu ? Dès le lundi 9 mars, au matin, des détonations d’armes lourdes ont de nouveau retenti dans la même région, signalant que des accrochages sporadiques se poursuivaient. Cette persistance des combats démontre la complexité de l’ancrage des ADF, capables de se disperser et de se réorganiser rapidement. Les acteurs socio-politiques locaux, tout en saluant l’offensive, restent prudents. Ils appellent à une traque implacable pour empêcher tout retour en force des rebelles, responsables de décennies de deuil et d’insécurité.
Le député provincial Gilbert Sivamwenda a interpellé les commandements militaires. Il les exhorte à orienter désormais leurs opérations vers la zone de Karo, où des éléments ADF en déroute seraient en errance et continueraient d’insécuriser les populations civiles. Cette demande souligne la nécessité d’une stratégie mobile et adaptable, poursuivant les groupes en fuite pour consolider les gains territoriaux. La destruction des bastions ADF à Mambasa ne doit être qu’une étape.
Cette offensive s’inscrit dans le cadre de l’opération conjointe « Usujaa », dont la redynamisation avait été au cœur d’une visite sur le terrain, il y a environ deux semaines, du chef d’état-major adjoint des FARDC chargé des opérations et du renseignement. Sa présence à Mambasa visait précisément à donner une nouvelle impulsion à la coopération militaire entre Kinshasa et Kampala. Les résultats des 5 au 8 mars semblent démontrer l’efficacité de cette réactivation.
L’offensive d’Ekulungu dans l’Ituri constitue un signal fort envoyé aux ADF et aux populations martyres de l’est de la RDC. Elle prouve que la coordination entre les armées congolaise et ougandaise peut produire des effets concrets sur le terrain. Cependant, la route vers une sécurité durable reste longue. La capacité des rebelles à se replier, l’immensité du terrain forestier et la protection des civils libérés représentent autant de défis pour les forces régulières. La communauté suivra avec attention la suite des opérations, espérant que cette dynamique positive mènera à l’éradication définitive de cette épine sécuritaire.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
