Imaginez devoir choisir entre nourrir votre enfant une fois par jour ou le retirer de l’école pour qu’il aille mendier. C’est le quotidien déchirant des familles vivant le long de l’axe Mweso–Pinga au Nord-Kivu. La guerre, un mot qui résonne comme une fatalité dans l’est de la République démocratique du Congo, a plongé des milliers de ménages dans une détresse alimentaire sans précédent. Derrière les statistiques froides, des visages, des estomacs vides et un espoir qui s’amenuise jour après jour sous le joug de la rébellion du M23, soutenue par le Rwanda. Que reste-t-il à ceux qui ont tout perdu ?
Un rapport alarmant du Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations unies (OCHA) vient confirmer l’horreur. Les résultats d’une évaluation rapide sont sans appel : 85,6% des familles enquêtées ont une consommation alimentaire pauvre, un chiffre qui atteint un terrible 100% dans la localité de Rugarama. L’insécurité alimentaire Nord-Kivu n’est plus une menace, c’est une réalité qui tue à petit feu. « Nous vivons au jour le jour, sans savoir si demain nous aurons un repas », pourrait témoigner l’une de ces mères de famille, déplacée pour la énième fois. La faim modérée à sévère touche 85,6% des ménages, avec près d’un tiers en situation de faim sévère. Comment une région aussi fertile peut-elle en arriver là ?
Le conflit M23 RDC est la racine du mal. L’offensive rebelle a anéanti les moyens de subsistance. Près de 70% des ménages n’ont plus accès à la terre, cette richesse fondamentale pour un peuple d’agriculteurs. Les champs sont devenus des champs de bataille, les marchés, des cibles. À Kalembe, l’accès aux marchés est quasi nul, piégeant les populations dans un isolement mortifère. L’économie informelle et le travail journalier, sources de revenus précaires, sont devenus la norme pour près de la moitié des familles. Le rapport OCHA sécurité alimentaire met en lumière cette érosion systématique des bases de la vie économique, plongeant les communautés dans une dépendance totale et une vulnérabilité extrême.
Les plus touchés ? Les déplacés internes RDC, contraints de tout abandonner derrière eux, et les ménages dirigés par des femmes. Chez les personnes déplacées, 95,1% sont en consommation alimentaire pauvre. Les femmes chefs de ménage, déjà confrontées à des défis immenses, sont 91,2% dans cette situation. Ces groupes paient le prix fort d’une crise humanitaire est Congo qui ne fait que s’aggraver. Leur résilience est mise à rude épreuve par des stratégies de survie déchirantes : vendre les derniers biens, retirer les enfants de l’école, emprunter pour un simple repas, ou réduire les dépenses de santé. Ces choix impossibles sont le symptôme d’un effondrement sociétal.
Face à ce désastre, les besoins sont clairs. Près de 95% des ménages réclament une assistance alimentaire urgente. Bien qu’ils préféreraient des transferts en argent (91%), la réalité des marchés défaillants et l’insécurité omniprésente poussent les humanitaires à privilégier des coupons ou des foires alimentaires, notamment à Kalembe. Cette approche vise à garantir que l’aide atteigne bien son but sans alimenter d’autres risques. Mais l’aide peut-elle suivre le rythme de l’effondrement ? Les routes sont coupées, les combats intenses, et l’accès pour les organisations humanitaires reste un défi quotidien, limitant la portée des interventions.
La situation dans l’Est du Congo est un feu qui couve et menace de devenir un incendie régional. Des centaines de milliers de nouveaux déplacés viennent grossir les rangs des millions de personnes déjà dans le besoin. Le contrôle de Goma et Bukavu par le M23, et sa consolidation dans le Nord et le Sud-Kivu, dessine une carte de la souffrance qui s’étend. Cette crise dépasse la simple faim ; elle mine l’avenir d’une génération entière, privée d’éducation, de soins et de stabilité. Jusqu’où faudra-t-il que le désespoir aille pour que la communauté internationale, au-delà des rapports, passe à une action décisive et impose une paix durable ? Le temps n’est plus aux constats, mais au sursaut. La dignité humaine dans l’est de la RDC est suspendue à ce fil ténu de l’action humanitaire et de la volonté politique.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
