Imaginez-vous au volant de votre camion, chargé de marchandises pour Kinshasa. Sur la RN1, après des heures de route, un agent en uniforme vous arrête. Pas de document, pas de quittance : il exige simplement de l’argent. « Donne pour le café », lance-t-il, la main tendue. Refusez, et vous risquez des menaces, voire des coups. Cette scène humiliante, des centaines de chauffeurs et passagers la subissent quotidiennement sur l’axe reliant Kikwit à la capitale. La circulation Kikwit Kinshasa, vitale pour l’économie, est otage de pratiques illégales.
Le constat est accablant : au moins dix barrières illégales RN1 ont été recensées sur ce tronçon. Des agents de la police, de l’armée et d’autres services non identifiés y rançonnent impunément les usagers. L’argent perçu atterrit directement dans leurs poches, sans aucun reçu ni justification légale. Cette route nationale se transforme ainsi en un corridor de tracasseries routières en RDC, où chaque voyage devient une épreuve. Comment en est-on arrivé là ?
Le cadre de concertation de la société civile Kwango a levé le voile sur cette situation intolérable. Son vice-président, Symphorien Kwengo, témoigne avec force : « Nous avons pratiquement identifié dix barrières illégales. On y observe des perceptions illégales d’argent, des contrôles abusifs et répétitifs, des retards injustifiés dans le transport. Si vous ne donnez pas l’argent, des fois vous êtes fouettés et inquiétés. » Ce rançonnement policier RDC n’épargne personne, plongeant les transporteurs dans la détresse.
Ces points de contrôle frauduleux sont disséminés dans plusieurs localités stratégiques : le Secteur Kwenge à Bulungu, les villages Kalonda à Masi-Manimba, Misele, Pont Kwango dans le Kwango, mais aussi Mbakana, Mboka Polo, Ndaku ya Pembe, Pont Maï Ndombe et jusqu’à Menkao, aux portes de Kinshasa. À chaque arrêt, le même scénario se répète : des mains tendues, des véhicules fouillés sans raison valable, et un climat de peur qui s’installe. Les conséquences sont lourdes : allongement des trajets, hausse des coûts de transport répercutée sur les marchandises, et entrave au commerce régional. La libre circulation, pourtant garantie par la loi, est bafouée en plein jour.
Ironie du sort, plusieurs postes officiels de perception, de contrôle et de pesage de l’État sont également installés sur ce tronçon, notamment à Mongata, Batshongo, le village 316, Masamuna, Kasaï et à l’entrée de Kikwit. Leur existence légale rend d’autant plus insupportable la prolifération des barrières illicites. Pourquoi ajouter une couche de corruption à des procédures déjà établies ? Cette juxtaposition souligne un dysfonctionnement profond dans la gestion routière.
Face à ce chaos, la société civile du Kwango monte au créneau. Elle exige la mise en place urgente d’une commission mixte regroupant tous les gouvernements provinciaux traversés par la RN1. L’objectif : identifier les auteurs de ces pratiques et les sanctionner sévèrement. Symphorien Kwengo plaide pour une suppression immédiate : « Il faut garantir la libre circulation des personnes et des biens. Ces barrières sont une entrave au développement économique de toute la région. » Un appel à la raison qui résonne comme une ultime alerte.
Au-delà des mots, c’est toute la question de la gouvernance et de la dignité qui est posée. Les barrières illégales RN1 ne sont pas seulement des obstacles physiques ; elles symbolisent une corruption endémique qui ronge les institutions et sape la confiance des citoyens. Jusqu’à quand les Congolais devront-ils payer pour circuler sur des routes qu’ils financent par leurs impôts ? Quel avenir pour une région dont l’artère économique est ainsi asphyxiée ?
La suppression de ces barrières est plus qu’une nécessité logistique : c’est un impératif moral et économique. Les autorités provinciales et nationales doivent prendre leurs responsabilités et agir sans délai. Des patrouilles conjointes, un numéro vert pour dénoncer les abus, et des sanctions exemplaires pourraient être des premières pistes. Sinon, la RN1, colonne vertébrale du pays, restera une route de la honte, où la loi du plus fort continue de primer sur le droit. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
