À Kinshasa, le constat est amer pour beaucoup de femmes. Alors que les discours sur l’égalité des sexes se multiplient, la réalité quotidienne semble souvent en décalage. Une étude récente du groupe Target SARL vient confirmer ce sentiment : la perception de l’évolution des droits des femmes en République démocratique du Congo a reculé de 10% en seulement deux ans, passant de 67% en 2024 à 57% en 2026. Comment expliquer une telle baisse de la perception des droits des femmes en RDC ? Les chiffres, présentés ce lundi 9 mars devant les médias, dessinent une réalité complexe et préoccupante.
L’étude Target SARL sur les droits des femmes repose sur une série d’indicateurs clés : la carrière professionnelle, l’éducation, le leadership, la participation politique, l’accès aux soins de santé, les droits maritaux et salariaux, l’égalité salariale, l’accès aux ressources financières, le mariage précoce et les violences physiques, émotionnelles et sexuelles. Si certains domaines comme la carrière, l’éducation ou le rôle du leadership semblent progresser, d’autres, plus liés à la vie quotidienne dans le ménage, connaissent un net recul. Le mariage précoce et les violences, notamment, affichent des scores alarmants de 43% et 40% respectivement, soulignant le fossé entre les avancées formelles et le vécu concret des Congolaises.
Fait marquant : les femmes elles-mêmes portent un regard plus critique sur l’évolution de leurs droits. Alors que 64% d’entre elles percevaient une amélioration en 2024, elles ne sont plus que 54% en 2026. Les hommes, bien que également moins optimistes (67% en 2024 contre 59% en 2026), restent globalement plus positifs. Cette divergence s’explique, selon le rapport, par le fait que les hommes se basent davantage sur la communication et les discours autour de l’égalité, tandis que les femmes jugent à l’aune de leur quotidien : ont-elles réellement un meilleur accès aux soins ? Leur salaire est-il équitable ? Les violences ont-elles diminué ? Autant de questions qui restent sans réponse satisfaisante pour beaucoup.
La baisse de l’égalité des sexes perçue au Congo ne frappe pas toutes les provinces avec la même intensité. L’étude révèle d’importantes disparités provinciales. Le Sud-Kivu et le Kongo Central, par exemple, se montrent particulièrement réservés, notamment sur les questions de violences faites aux femmes et de participation politique. Kinshasa, le Kongo Central et le Sud-Kivu enregistrent des reculs sensibles par rapport à 2024. À l’inverse, la Province Orientale consolide ou améliore ses scores. Ces écarts soulignent l’hétérogénéité des situations et la nécessité d’adaptation des politiques publiques aux contextes locaux.
Face à ce constat, le groupe Target SARL émet plusieurs recommandations. Il insiste sur la nécessité de concrétiser les actions censées faire avancer les droits des femmes sous toutes leurs formes. « Les lois existent, mais leur application reste le principal défi », explique Serge Mumbu, directeur général de Target SARL. Il encourage les autorités et les partenaires du gouvernement à faciliter l’accès des femmes aux sources de financement, un levier essentiel pour leur autonomisation. L’étude recommande également d’élargir les bénéficiaires des projets en faveur des femmes afin que toutes les catégories sociales en profitent réellement, et d’investir dans l’éducation des jeunes filles pour les libérer des stéréotypes et des complexes d’infériorité.
Target SARL salue par ailleurs les efforts déjà engagés par diverses institutions, telles que le Gouvernement, ONU Femmes, le Pacte mondial des Nations unies (UN Global Compact) ou les programmes d’appui à l’entrepreneuriat féminin. Mais ces initiatives, si elles sont nécessaires, ne suffisent pas à enrayer la tendance. La perception des droits des femmes en RDC est à la croisée des chemins : entre les promesses et la réalité, le chemin vers l’égalité effective reste semé d’embûches.
En fin de compte, cette étude sur les indicateurs des droits des femmes sert de signal d’alarme. Elle interpelle la société congolaise dans son ensemble : familles, autorités, société civile. La baisse de la perception n’est pas qu’un chiffre ; elle traduit un désenchantement, une attente déçue. Inverser la courbe passera par des actes concrets, une application rigoureuse des lois et une volonté politique renouvelée. Car, comme le souligne l’étude, sans une attention particulière aux questions du quotidien, les discours sur l’égalité resteront lettres mortes. La route est longue, mais chaque pas compte pour redonner confiance aux femmes congolaises dans l’évolution de leurs droits.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
