Le Groupe de contact international RDC (ICG) vient de tirer la sonnette d’alarme d’une manière qui ne laisse guère de place au doute. Sa déclaration commune de ce jeudi 5 mars sonne comme un ultime avertissement adressé aux belligérants de l’Est du Congo, soulignant une inquiétude croissante face à une escalade dont les contours menacent désormais la stabilité régionale tout entière. Ce collectif de poids lourds diplomatiques, des États-Unis à l’Union européenne en passant par le Royaume-Uni et plusieurs États membres, pointe du doigt l’effritement dangereux des cadres de paix pourtant laborieusement échafaudés. Cette mise en garde suffira-t-elle à infléchir la trajectoire belliqueuse des acteurs en présence ?
Au cœur des préoccupations du Groupe de contact international figurent les violations persistantes et récentes du cessez-le-feu. Les accords de Washington du 4 décembre 2025 et l’engagement de Doha du 19 juillet 2025, présentés en leur temps comme des avancées décisives, semblent aujourd’hui réduits à l’état de chiffons de papier. L’ICG dénonce avec une particulière acuité l’usage de drones dans des opérations militaires, une pratique jugée extrêmement périlleuse pour les civils pris au piège des combats. En rappelant qu’« aucune solution militaire n’est possible », la coalition internationale adresse un message clair : la voie des armes est une impasse. Mais ce constat, maintes fois répété, parvient-il encore à se faire entendre dans le vacarme des explosions ?
La déclaration opère un subtil équilibre entre la condamnation et le soutien diplomatique. Elle salue explicitement les efforts de médiation du président togolais Faure Gnassingbé, mandaté par l’Union africaine, ainsi que les initiatives conjointes du Qatar, de la CIRGL et de la MONUSCO pour établir un mécanisme crédible de surveillance. En soutenant également les consultations angolaises en vue d’un dialogue intercongolais inclusif, l’ICG esquisse la seule issue plausible : le retour à la table des négociations. Cependant, ce double mouvement – pression sur les fauteurs de troubles et encouragement aux médiateurs – révèle la complexité du jeu d’échecs géopolitique à l’œuvre. Le président Tshisekedi et ses adversaires jouent-ils réellement le jeu de ces facilitateurs, ou leurs agendas restent-ils imperméables aux appels à la raison ?
Sur le plan humanitaire, l’appel est sans équivoque. Le Groupe de contact international exige un accès complet et sécurisé pour l’aide, condition sine qua non pour soulager des populations exsangues. Il note quelques lueurs d’espoir, comme la réouverture de la frontière avec le Burundi ou les progrès liés à la visite de la Commissaire européenne Lahbib. La possible réouverture durable de l’aéroport de Goma pour les vols humanitaires, évoquée après la visite du chef intérimaire de la MONUSCO, constituerait une avancée tangible. Mais ces timides ouvertures peuvent-elles compenser l’océan de besoins créé par des violences Est Congo qui ne connaissent pas de trêve ?
Enfin, la déclaration frappe un coup ferme contre la rhétorique toxique. L’appel à mettre fin à toute incitation à la haine, notamment envers les communautés rwandophones, vise directement les dynamiques de fragmentation sociale qui alimentent le conflit. Cette dimension est cruciale, car une paix durable ne pourra s’édifier sur des fondations pourries par la méfiance et l’antagonisme identitaire. L’ICG, en rappelant le principe de l’intégrité territoriale de la RDC et le respect des résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU, replace le conflit dans son cadre légal et normatif international.
En définitive, cette déclaration du Groupe de contact international RDC agit comme un miroir tendu aux parties prenantes. Elle reflète l’échec patent des engagements pris, qu’il s’agisse de l’accord de Washington décembre 2025 ou d’autres, tout en cartographiant la seule route possible : celle du dialogue et du respect du droit. Le soutien affiché à la médiation Faure Gnassingbé RDC et autres initiatives montre qu’une architecture de paix existe, mais qu’elle manque cruellement de volonté politique pour être habitée. La balle est désormais dans le camp des dirigeants de la région. Vont-ils enfin écouter cet chœur international uni dans l’alerte, ou persister dans le déni, au risque de voir l’Est de la RDC sombrer un peu plus dans l’irréparable ? Les prochains jours, à l’aune des violations cessez-le-feu RDC qui seront ou non commises, apporteront une réponse sans appel.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
