Un appel pressant a résonné jeudi dernier dans la ville de Beni. Des associations féminines de la région ont directement interpellé la ministre britannique en charge de l’Afrique, demandant un engagement accru de Londres dans la résolution de la crise sécuritaire qui frappe le Nord-Kivu depuis près de trois décennies. La rencontre avec la baronne Chapman de Darlington a servi de cadre à cette requête officielle, mettant en lumière le rôle crucial que le Royaume-Uni pourrait jouer.
La situation sur le terrain demeure extrêmement préoccupante. Les groupes armés, notamment les rebelles des ADF, continuent de semer la terreur, créant un climat d’insécurité chronique. Les femmes, souvent en première ligne de ces conflits, en subissent les conséquences les plus brutales. Comment les populations peuvent-elles envisager un avenir serein lorsque la menace est omniprésente ? C’est cette question fondamentale que les représentantes des associations ont posée avec force.
Noëlla Muliwavyo, coordinatrice du Collectif des femmes pour les vulnérables (CAFEVU), a été l’une des porte-paroles. Son constat est sans appel : la région vit dans « la multiplicité de groupes armés » depuis 1996. Face à cette réalité, la demande est claire. Le Royaume-Uni est invité à s’impliquer de manière concrète et structurelle dans la réforme du secteur sécuritaire en République démocratique du Congo. Une telle réforme est perçue comme la pierre angulaire de toute stabilisation durable.
Au-delà de la dimension purement militaire, les discussions ont abordé l’impact humanitaire dévastateur des violences. Les survivantes de violences sexuelles et les familles des victimes des massacres des ADF nécessitent un soutien urgent. Les associations féminines de Beni ont plaidé pour un accompagnement robuste, notamment via le développement de projets agricoles. Ces initiatives visent à offrir aux victimes une autonomie économique, un premier pas vers la reconstruction et la résilience. La baronne Chapman s’est dite impressionnée par la clarté de ces demandes et a promis de renforcer l’implication de son pays.
La visite de la ministre britannique en RDC s’inscrit dans un cadre plus large d’évaluation de l’aide internationale. Son déplacement à Beni lui a permis de constater de visu l’ampleur de la crise humanitaire dans l’Est du pays. Des échanges avec le gouverneur du Nord-Kivu à une visite à l’hôpital général de Beni, l’agenda a été chargé. L’objectif avoué : s’imprégner des réalités pour adapter l’action du Royaume-Uni. Un plan d’accompagnement agricole, élaboré en collaboration avec le gouvernement congolais, a été évoqué, démontrant une volonté d’agir sur les causes profondes de l’instabilité.
L’appui sollicité par les associations féminines va donc au-delà de l’urgence. Il s’agit d’un partenariat stratégique pour encadrer les victimes, soutenir la consolidation de la paix et, in fine, appuyer la lutte contre les ADF dans le Nord-Kivu. La réussite d’une telle collaboration entre le Royaume-Uni et la RDC en matière de sécurité pourrait servir de modèle. La réforme du secteur sécuritaire est un chantier colossal, mais indispensable pour briser le cycle infernal de la violence. Les femmes de Beni, par leur plaidoyer ciblé et courageux, rappellent que les solutions doivent être globales, associant sécurité, justice et développement économique.
Le chemin reste long, mais cette rencontre a posé une pierre supplémentaire. L’engagement britannique, s’il se concrétise par des actions tangibles, pourrait marquer un tournant dans l’accompagnement international de la région. La balle est désormais dans le camp des décideurs de Londres et de Kinshasa. La communauté internationale saura-t-elle saisir cette opportunité pour soutenir durablement les populations de l’Est de la RDC ? L’espoir, porté par la voix déterminée des femmes de Beni, est désormais permis.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
