Dans un rapport qui tombe comme un couperet, les élus provinciaux du Bas-Uélé dévoilent les pratiques troubles d’une entreprise minière chinoise, mettant à nu les failles persistantes de la gouvernance des ressources en République Démocratique du Congo. La société Oasis SARL RDC, pointée du doigt pour une exploitation illicite de l’or dans les territoires reculés d’Ango et de Poko, incarne les défis monumentaux auxquels fait face le secteur. Les accusations, aussi graves que précises, dessinent le tableau d’un pillage organisé qui s’opérerait en toute impunité, au mépris des cadres légaux et des populations locales. Comment une entreprise peut-elle ainsi défier l’État de droit, transformant des permis de recherche en concessions d’exploitation sans aucun scrupule ?
Le Code minier congolais, souvent brandi comme un rempart contre les abus, semble ici réduit à un simple chiffon de papier. Les élus provinciaux, revenus d’une mission d’enquête, invoquent l’article 229 pour dénoncer la transformation frauduleuse des titres miniers. Cette violation n’est que la partie émergée de l’iceberg. Le rapport détaille un chapelet de méfaits : dévastation des champs communautaires, absence totale de plan d’atténuation environnemental, et un mépris affiché pour les autorités coutumières. Chaque point souligne une stratégie d’évitement systématique, où le profit immédiat prime sur toute considération de durabilité ou de légalité. La question des mines illégales au Congo n’est donc pas un phénomène marginal, mais bien le symptôme d’un système de contrôle défaillant.
Au-delà des violations procédurales, c’est l’opacité financière qui suscite les plus vives inquiétudes. La mission mixte Gouvernement-Assemblée provinciale a constaté une production d’or à grande échelle totalement dépourvue de traçabilité. Des sacs de sable produisant « plus de cinq seaux d’or » échapperaient à tout circuit officiel, en violation flagrante de l’article 316 du Code minier. Cette fuite des richesses, si elle est avérée, représente un manque à gagner colossal pour l’État et prive les communautés du Bas-Uélé des retombées promises par l’exploitation de leurs sous-sols. Où va cet or d’Ango Poko ? Qui en profite réellement ? L’absence de réponse claire nourrit les soupçons d’un réseau bien huilé, capable d’opérer sous le nez des services de l’État.
Face à ce réquisitoire accablant, la défense de la société Oasis SARL apparaît pour le moins ténue. Son manager régional, Bienfait Milali, se retranche derrière la légalité des titres acquis et affirme que les activités sur le terrain ne sont que de l’expérimentation technique. Un argument qui sonne creux face à l’ampleur des dégâts documentés et aux quantités d’or évoquées. Cette contradiction entre les déclarations de l’entreprise et les constats des enquêteurs révèle un fossé abyssal dans la narration des faits. La société joue-t-elle sur les mots, qualifiant d’« expérimentation » ce qui s’apparente en réalité à une exploitation commerciale à part entière ? La crédibilité de sa défense est minée par le poids des preuves avancées par les élus.
Cette affaire dépasse le simple cas d’une entreprise indélicate. Elle fonctionne comme un révélateur des tensions structurelles qui traversent le secteur minier congolais. D’un côté, un État central souvent absent ou impuissant dans les provinces éloignées ; de l’autre, des investisseurs peu scrupuleux qui profitent de cette faiblesse pour imposer leurs règles. Au milieu, des élus locaux qui tentent, non sans courage, de faire respecter la loi et de défendre les intérêts de leurs administrés. Leur alerte constitue un test majeur pour les autorités de Kinshasa. Vont-elles saisir cette occasion pour affirmer leur autorité et faire appliquer le Code minier, ou laisseront-elles cette dénonciation se perdre dans les sables mouvants de la bureaucratie et des pressions politiques ?
Les implications sont considérables. Un laisser-faire enverrait un signal désastreux, encourageant d’autres opérateurs à suivre le même modèle prédateur. À l’inverse, une réaction ferme pourrait marquer un tournant dans la lutte contre les mines illégales et la fraude dans le secteur de l’or. Les prochains jours seront déterminants. La balle est désormais dans le camp du gouvernement central et des services miniers, qui doivent trancher entre la parole d’élus locaux mandatés et celle d’un investisseur étranger. L’enjeu est de taille : il s’agit ni plus ni moins de définir qui, de l’État ou des sociétés privées, dicte réellement les règles du jeu économique dans le Bas-Uélé. La crédibilité de toute la réforme du secteur minier est en jeu.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
