Une nouvelle vague d’arrestations frappe les bandits urbains communément appelés “Kuluna” dans la capitale congolaise. Plus de 400 individus ont été interpellés par la Police nationale congolaise (PNC) les 21 et 22 février 2026, dans le cadre de l’intensification de l’opération “Ndobo”. Ces chiffres, révélés par le Vice-Premier ministre de l’Intérieur, Jacquemain Shabani, devant le Conseil des ministres, illustrent la volonté affichée des autorités de restaurer l’ordre à Kinshasa. Les personnes arrêtées ont été immédiatement déférées devant la justice pour répondre de leurs actes.
L’opération Ndobo, initiative phare du gouvernement, concentre ses efforts dans la ville-province, siège des institutions. Selon le compte-rendu officiel de la 80e réunion du Conseil des ministres, tenue le 27 février, les forces de l’ordre poursuivent sans relâche leur campagne de sécurisation. Pourtant, derrière ce bilan chiffré, le ministre Shabani a reconnu des défis « énormes » pour la PNC dans le rétablissement de l’autorité de l’État sur l’ensemble du territoire national. La mise en œuvre de la loi de programmation relative à la réforme de la police est présentée comme la clé pour mieux équiper et former les agents à leurs missions.
Mais quelle est la réalité derrière ces annonces ? La situation sur le terrain, décrite par de nombreux habitants et témoignages recueillis dans les différents quartiers, semble contredire l’optimisme officiel. L’insécurité à Kinshasa ne fléchirait pas ; elle s’accentuerait même. Les réseaux sociaux et les cercles privés bruissent d’alertes inquiétantes : avis de recherche pour des personnes disparues, récits d’enlèvements perpétrés dans des taxis “Ketch” ou par des motocyclistes non identifiés. Cette insécurité urbaine, diffuse et violente, instille un sentiment de peur permanent parmi la population.
L’écart entre le discours des autorités et le vécu des Kinois est-il devenu un abîme ? Pour beaucoup de citoyens, les arrestations massives, si elles sont confirmées, ne suffisent pas à juguler un phénomène profondément ancré. Les récents cas de braquages audacieux et d’enlèvements express illustrent une criminalité qui s’adapte et mute, défiant les stratégies répressives. L’opération Ndobo, malgré son déploiement médiatique, suscite ainsi la méfiance. Beaucoup craignent qu’elle ne soit qu’un épisode de plus, similaire aux initiatives passées qui n’ont pas apporté de solution durable à la problématique complexe des bandits urbains en RDC.
La colère monte dans une population épuisée par cette violence quotidienne. Les Kinois, entre peur et résignation, réclament avant tout une protection tangible et des résultats concrets. Ils aspirent au droit fondamental de circuler, de travailler et de vivre en paix dans leur ville. Les promesses de réforme de la police et les bilans d’arrestations sont accueillis avec un scepticisme croissant. Que valent des chiffres si la menace reste omniprésente aux coins de rue ?
Cette défiance pose une question cruciale : l’approche purement sécuritaire est-elle la réponse adaptée au fléau des Kuluna ? Certains observateurs soulignent la nécessité d’une action conjuguée, mêlant fermeté judiciaire, travail social de réinsertion et lutte contre les causes profondes de la délinquance, à savoir la précarité et le chômage des jeunes. L’efficacité à long terme de l’opération Ndobo pourrait bien dépendre de cette capacité à articuler répression et prévention.
Alors que les 400 arrestations sont présentées comme une victoire, le test se joue dans les quartiers. La capacité des forces de l’ordre à maintenir une présence dissuasive et à démanteler les réseaux criminels sera scrutée à la loupe par une population en alerte. Les prochains jours et semaines seront déterminants pour juger de l’impact réel de cette intensification. Les Kinois, quant à eux, attendent plus que des communiqués. Ils attendent de retrouver la sérénité dans leur vie de tous les jours, une attente légitime qui place la barre très haut pour les autorités en charge de la sécurité à Kinshasa.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
