La cité de Lubao, chef-lieu du territoire éponyme dans la province de Lomami, a effectué un saut quantique dans son développement. Le samedi 28 février dernier, l’Agence nationale d’électrification et des services énergétiques en milieux rural et périurbain (ANSER) a officiellement lancé la distribution d’énergie électrique dans cette localité. Cet événement, bien plus qu’une simple inauguration technique, marque l’aboutissement d’un projet structurant et ouvre une nouvelle ère pour des milliers d’habitants. Mais quelle est la portée réelle de ce projet d’électrification rurale et comment va-t-il transformer le quotidien et l’économie locale ?
Concrètement, l’arrivée du courant repose sur une centrale photovoltaïque d’une puissance de 100 kW. Une capacité qui, selon les explications fournies par l’ingénieur-constructeur Nicolas Ndiadia lors d’une réunion pédagogique préalable, est suffisante pour alimenter l’essentiel des équipements domestiques. Fer à repasser, réfrigérateur, réchaud, téléviseur et éclairage complet des bâtiments sortent désormais du domaine du luxe ou de la dépendance aux groupes électrogènes coûteux et polluants. Cette énergie, propre et renouvelable, constitue la colonne vertébrale du nouveau système. Les populations ont été sensibilisées à la nécessité d’installer un circuit électrique conforme dans leurs habitations pour en bénéficier pleinement, une condition sine qua non pour une utilisation sécurisée et optimale.
Sur le plan économique, le modèle de facturation, bien qu’en phase de finalisation, s’annonce calibré sur la consommation réelle. « La facture sera fixée selon la charge ou les kilowatts utilisés », a-t-il été précisé, introduisant un principe d’équité et de responsabilisation des usagers. Une période de gratuité est actuellement en vigueur, le temps que les futurs gestionnaires de la centrale prennent leurs fonctions. Cette transition permet une appropriation en douceur par la communauté. L’impact sur le tissu économique local est immédiat et multiple. L’accès à l’électricité en RDC, particulièrement dans des zones reculées comme Lubao, agit comme un catalyseur d’activités. Les petits commerces peuvent prolonger leurs heures d’ouverture, les artisans (mécaniciens, couturiers) peuvent intégrer des outils électriques à leur production, et la chaîne du froid pour la conservation des denrées devient une réalité, réduisant le gaspillage et augmentant les revenus.
Les retombées positives, évoquées par l’ingénieur Ndiadia, dépassent largement le cadre strictement économique. Le secteur de la santé connaît une amélioration substantielle. Les structures sanitaires peuvent désormais fonctionner des appareils de diagnostic, conserver des vaccins et médicaments dans des réfrigérateurs dédiés, et assurer des interventions ou des accouchements dans de bonnes conditions lumineuses, de jour comme de nuit. Dans le domaine de l’éducation, l’éclairage des salles de classe et des domiciles permet d’étudier après le coucher du soleil, tandis que l’alimentation des radios locales et, potentiellement, l’accès à internet élargissent l’horizon informationnel et éducatif de toute une génération.
Ce projet solaire en RDC porté par l’ANSER s’inscrit dans une stratégie plus large de désenclavement énergétique des territoires. Lubao, longtemps à la traîne, devient un exemple et un prototype. Le succès de cette initiative pourrait bien servir de modèle réplicable pour d’autres chefs-lieux de territoire dans la province de Lomami et au-delà. L’enjeu est de taille : stabiliser les populations rurales, freiner l’exode vers les grandes villes déjà saturées, et créer des pôles de développement endogène. La durabilité du modèle repose cependant sur une gestion rigoureuse, une maintenance efficace des infrastructures et une tarification adaptée au pouvoir d’achat local.
En définitive, les 100 kW injectés dans le réseau de Lubao représentent bien plus qu’une simple quantité d’énergie. Ils symbolisent une injection de potentiel. Potentiel économique, avec la création d’une nouvelle dynamique entrepreneuriale. Potentiel social, avec l’amélioration tangible des services de base. Potentiel éducatif et culturel. Le défi, maintenant, est de transformer cette énergie disponible en développement durable et inclusif. L’électrification de Lubao n’est donc pas une fin, mais le point de départ d’un nouveau chapitre pour cette partie de la Lomami. L’avenir dira si cette impulsion initiale saura générer une croissance en cascade, faisant de cette cité autrefois isolée un hub énergétique et économique local. La balle est désormais dans le camp des gestionnaires à venir et de la communauté elle-même, chargée de faire fructifier cette ressource longtemps attendue.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
