Le dimanche 1er mars, un nouvel épisode de violence a secoué la province du Nord-Kivu. Le village de Buhimba, situé dans le groupement Waloa Yungu en territoire de Walikale, est retombé sous le contrôle des rebelles de l’AFC/M23. Cette reprise fait suite à plusieurs heures d’affrontements intenses contre les Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), appuyées par des groupes d’autodéfense locaux, les wazalendo. Cette avancée des combattants du M23 marque une nouvelle escalade dans une région en proie à une instabilité chronique.
Selon des sources locales concordantes, l’attaque a été lancée depuis la localité de Kilongo, dans le secteur Osso Banyungu du territoire voisin de Masisi. Les assaillants ont pris pour cible les positions militaires gouvernementales établies à Buhimba. Les échanges de tirs et les combats au corps à corps se sont rapidement propagés, plongeant la localité dans le chaos. Après une résistance farouche, les unités des FARDC, submergées, ont dû opérer un repli tactique vers l’ouest, en direction de la localité de Ngenge. Ce retrait stratégique a laissé le champ libre aux rebelles, qui ont ainsi consolidé leur emprise sur ce point névralgique.
Les conséquences immédiates de ces affrontements à Walikale sont dramatiques pour les civils. La reprise de Buhimba par l’AFC/M23 a déclenché un mouvement de panique et un nouvel exode massif. Les habitants des villages environnants, notamment Ngenge et Kangati, ont fui leurs foyers dans la précipitation, craignant de nouvelles avancées des combattants et l’intensification des violences. Le chef du groupement Waloa Yungu a confirmé que des centaines de familles avaient tout abandonné. Une partie de la population s’est réfugiée dans la brousse, cherchant un abri précaire, tandis qu’une autre colonne de déplacés a pris le chemin de Kimua. Cette situation vient alourdir un bilan humanitaire déjà désastreux.
La crise humanitaire dans le Nord-Kivu atteint ainsi un nouveau paroxysme. La région de Walikale, déjà fragilisée par des années d’insécurité et de présence de groupes armés, voit ses capacités d’absorption dépassées. Comment les organisations humanitaires pourront-elles atteindre ces nouveaux déplacés, souvent disséminés dans des zones difficiles d’accès ? L’acheminement de l’aide – nourriture, eau, soins médicaux – devient un défi logistique et sécuritaire immense. La protection des civils, notamment des femmes et des enfants, est plus que jamais une priorité urgente dans cette zone en proie à la terreur.
Ce regain de tension s’inscrit dans un contexte plus large de recrudescence des activités de l’AFC/M23. Les affrontements se multiplient ces dernières semaines le long des limites entre les territoires de Walikale et de Masisi, démontrant une capacité de mouvement et d’initiative des rebelles. Cette instabilité persistante interroge la stratégie de sécurisation de la région. La situation demeure extrêmement tendue, et de nombreuses sources sur place redoutent une extension des hostilités vers d’autres localités encore épargnées. La communauté internationale est une fois de plus appelée à se saisir de cette crise oubliée.
Le contrôle de Buhimba par les forces du M23 représente un revers significatif pour les efforts de stabilisation. Il illustre la volatilité de la situation sécuritaire dans l’est de la RDC et la complexité du conflit qui oppose les forces gouvernementales, soutenues par des coalitions locales, à une myriade de groupes armés. L’absence de solution politique durable et inclusive condamne-t-elle ces populations à une fuite sans fin ? La réponse des autorités congolaises et de la mission de stabilisation des Nations Unies sera scrutée dans les prochains jours, alors que des milliers de vies sont suspendues à l’évolution d’une situation militaire imprévisible.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
