Dans la chaleur de Kananga, une parole nouvelle a émergé des débats. Pendant trois jours, du 24 au 27 février, la salle de conférence a vibré des témoignages poignants et des analyses sans concession sur un fléau qui mine les communautés du Kasaï. Comment briser le cycle des violences basées sur le genre (VBG) qui entrave le développement et brise des vies ? Cette question cruciale a mobilisé des acteurs communautaires déterminés à changer la donne. Leur conclusion est unanime : il est temps que les autorités passent des discours aux actes concrets.
À l’initiative de l’ONG Femme main dans la main pour le développement Intégral (FMMDI), cette rencontre a constitué un espace stratégique où leaders coutumiers, religieux, organisations de la société civile et partenaires techniques ont croisé leurs regards. L’objectif ? Élaborer une feuille de route commune pour endiguer les violences basées sur le genre RDC et promouvoir une masculinité positive Kasaï. Les échanges, nourris par des réalités de terrain parfois cruelles, ont mis en lumière l’urgence d’une action coordonnée et suffisamment financée.
« Nous sommes fatigués de voir nos sœurs et nos filles souffrir en silence à cause de coutumes qui les avilissent », a lancé un participant, résumant l’exaspération générale. Cette colère s’est transformée en une série de recommandations précises adressées aux décideurs. La principale revendication ? Un appui tangible du gouvernement provincial aux structures de lutte contre les VBG dans les territoires les plus reculés. Sans moyens logistiques et financiers, comment les petites associations locales peuvent-elles sensibiliser, prévenir et accompagner les victimes ?
Le cœur des discussions a battu autour de la nécessité de soutenir la mise en œuvre des politiques de masculinité positive. Il ne s’agit pas d’opposer les hommes aux femmes, mais de construire, main dans la main, de nouveaux modèles où la force ne rime plus avec la domination. Les acteurs présents ont exhorté les autorités du Kasaï-Central à faire de cette promotion une priorité dans leurs actions. Un appel pressant a également été lancé à l’endroit de l’Assemblée provinciale : allouer une ligne budgétaire spécifique et pérenne pour vulgariser l’édit interdisant les coutumes avilissantes envers la femme et la jeune fille. Sans budget, une loi reste une coquille vide.
Mais la lutte contre les VBG peut-elle réussir sans l’implication des gardiens des traditions ? Conscients de cet enjeu, les organisateurs ont placé les leaders coutumiers et religieux au centre de la réflexion. Ces derniers ont été appelés à s’engager activement dans la déconstruction des normes sociales toxiques qui perpétuent les violences. Leur rôle d’influence au sein des communautés est perçu comme une clé essentielle pour changer les mentalités en profondeur. Leur parole peut légitimer l’égalité ou, au contraire, figer les inégalités. Quel choix feront-ils ?
Pour donner une suite concrète à ces trois jours d’échanges, les participants ont décidé de la mise en place de clubs de discussion communautaires. Ces espaces de dialogue permanents visent à pérenniser les initiatives de sensibilisation, de prévention et de transformation sociale. Ils seront les relais essentiels pour porter, au quotidien et dans chaque village, le message de l’égalité et du respect. Cette initiative, portée par la détermination des acteurs communautaires Kananga, montre que le changement peut naître de la base.
Ce forum, appuyé par le PNUD et le gouvernement canadien, marque plus qu’une simple rencontre. Il symbolise un engagement renouvelé pour la dignité et la sécurité des femmes et des filles de l’espace Kasaï. La balle est désormais dans le camp des autorités provinciales et des partenaires techniques et financiers. Fourniront-ils l’appui suffisant et durable réclamé à cor et à cri par les structures sur le terrain ? La continuité des actions et l’espoir de milliers de personnes en dépendent. La lutte contre les violences basées sur le genre en RDC a trouvé, à Kananga, une nouvelle impulsion portée par la voix forte des communautés. Reste à voir si les oreilles des décideurs sont assez grandes pour l’entendre.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
