Mapendo, 35 ans, n’a eu que quelques secondes pour rassembler ses cinq enfants avant de fuir son village du territoire de Fizi, au Sud-Kivu. « Les coups de feu ont éclaté à l’aube, sans prévenir. On a couru avec juste les vêtements que l’on portait. Maintenant, on dort à la belle étoile, sans savoir si on pourra un jour rentrer », témoigne-t-elle, la voix brisée. Son histoire n’est malheureusement pas un cas isolé, mais le reflet d’une tragédie collective qui s’amplifie.
Le Bureau de la coordination des affaires humanitaires des Nations Unies (OCHA) tire en effet la sonnette d’alarme sur une recrudescence des attaques armées dans l’est de la République démocratique du Congo. Son dernier rapport, publié ce mois-ci, dévoile des chiffres qui donnent le vertige : pour le seul mois de janvier 2026, pas moins de 74 000 personnes ont été contraintes d’abandonner leurs maisons, leurs terres et leurs vies. Ces nouveaux déplacés viennent grossir les rangs d’une population déjà exsangue, portant le nombre total de déplacés internes en RDC à un niveau inouï d’environ 6,47 millions de personnes.
Derrière cette statistique glaçante se cache une réalité humaine faite de précarité et de désespoir. Qui sont ces personnes ? Le rapport d’OCHA RDC précise que les femmes représentent 51% de cette population déracinée, souvent exposées à des risques accrus de violences. La géographie de cette détresse est, elle aussi, sans équivoque. L’ensemble des mouvements forcés enregistrés cette année se concentrent dans deux provinces en proie à des conflits récurrents : le Tanganyika (56%) et l’Ituri (44%). Ces régions cristallisent à elles seules la crise humanitaire en RDC dans toute son acuité. Comment en sommes-nous arrivés là ?
Les causes de ces déplacements massifs sont clairement identifiées par les humanitaires. La principale, écrasante, est la violence. Les attaques et affrontements armés sont responsables de plus de 76% des départs forcés. Ils plongent des communautés entières dans la terreur et brisent les fragiles équilibres locaux. Viennent ensuite les conflits fonciers et intercommunautaires (12%), symptômes d’une gouvernance défaillante et de la compétition pour des ressources rares. Enfin, les catastrophes naturelles (11%) complètent ce sombre tableau, rappelant la vulnérabilité d’un pays confronté à de multiples défis.
Face à cette spirale infernale, y a-t-il une lueur d’espoir ? Le rapport note que, sur la même période, environ 30 000 déplacés ont pu effectuer un retour dans leur milieu d’origine, tous enregistrés dans la province de l’Ituri. Ce mouvement, bien que positif, reste fragile et minoritaire face à l’hémorragie constante. Il souligne surtout l’instabilité chronique de ces zones, où des populations oscillent entre exode et retour précaire, au gré des fluctuations de la sécurité.
Pour répondre à l’immensité des besoins, OCHA lance un appel de fonds humanitaire urgent de 621,9 millions de dollars. Cet argent est crucial pour fournir une assistance alimentaire vitale à plus de 5,9 millions de personnes et soutenir les secteurs de la santé, de l’eau et de l’abri. Mais au-delà de l’aide d’urgence, cet appel pose une question fondamentale : jusqu’à quand la communauté internationale se contentera-t-elle de soigner les blessures sans s’attaquer aux causes profondes de cette violence ?
La situation dans l’Est de la RDC est plus qu’une simple succession de chiffres. C’est le récit d’une crise qui érode, jour après jour, le tissu social de régions entières. Les personnes déplacées de RDC, comme Mapendo, attendent plus que de la nourriture ou un abri temporaire. Elles aspirent à une sécurité durable, à la justice, et au droit de reconstruire leur vie dans la dignité. Alors que le pays avance vers 2026, la réponse à cette crise humanitaire au Tanganyika et en Ituri sera un test décisif, non seulement pour la capacité de résilience des Congolais, mais aussi pour l’engagement réel de la communauté internationale envers la paix dans cette partie du continent.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
