La République Démocratique du Congo affiche une détermination sans faille pour maintenir son programme économique avec le Fonds Monétaire International sur les rails, malgré des vents contraires. La visite, jeudi 26 février 2026 à Kinshasa, d’une délégation de haut niveau du FMI dirigée par Régis O. N’sonde, administrateur du Groupe Afrique III, auprès de la Première ministre Judith Suminwa Tuluka, en est la preuve tangible. Cette rencontre, sur fond de validation récente des revues du programme, visait à évaluer l’état d’avancement du partenariat stratégique entre le pays et l’institution de Bretton Woods.
« Nous avons effectué un tour d’horizon de la situation économique du pays, notamment dans le contexte du programme que la RDC met en œuvre en coordination avec le FMI », a déclaré M. N’sonde à l’issue de l’entretien. Ce programme, un triptyque ambitieux lancé en janvier 2025, repose sur deux piliers : la Facilité élargie de crédit (FEC) pour la stabilisation macroéconomique et la Facilité pour la Résilience et la Durabilité (FRD). Près de deux mois après le feu vert du Conseil d’administration du FMI pour la deuxième revue de la FEC, les discussions ont porté sur les défis persistants, exacerbés par l’insécurité dans l’Est du pays et un contexte international volatile. Comment la RDC peut-elle naviguer dans ces eaux économiques tumultueuses ?
Au cœur des préoccupations : la mobilisation des ressources internes. Le FMI a annoncé le déploiement d’une mission technique à Kinshasa pour appuyer les autorités congolaises dans l’amélioration de la collecte des recettes domestiques et la rationalisation du système fiscal. « La mobilisation des ressources est un point important du programme pour la RDC, qui a fait des progrès significatifs […] Cependant, les efforts doivent se poursuivre, d’autant plus qu’il y a d’importants besoins de financement », a souligné l’administrateur du FMI. Cette quête de ressources propres est le carburant essentiel pour réduire la dépendance aux matières premières et financer un développement endogène.
L’ombre portée sur ce tableau est sans conteste la dynamique de la masse salariale publique, identifiée par le FMI comme un « risque budgétaire majeur ». La locomotive des dépenses courantes, alimentée par des ajustements dans les secteurs de l’éducation, de la santé et de la justice, ainsi que par des régularisations administratives, grève l’espace fiscal. Cette croissance soutenue, dépassant les prévisions, absorbe une part croissante du budget national, limitant la marge de manœuvre pour l’investissement public et les filets sociaux. Une situation qui pose une question cruciale : comment concilier justice sociale pour les fonctionnaires et soutenabilité des finances publiques ?
La délégation du FMI s’est dite « rassurée » par les explications de la cheffe du gouvernement sur ce dossier épineux. Judith Suminwa a réaffirmé l’engagement de son exécutif à maîtriser les dépenses, y compris la masse salariale. « Le message a été très clair, et c’est ce message que nous porterons à nos collègues du Conseil d’administration », a assuré Régis N’sonde. Cet engagement est crucial pour préserver la confiance des bailleurs et la crédibilité du programme économique RDC.
En écho à ces préoccupations, le président Félix Tshisekedi a récemment ordonné, en Conseil des ministres, un audit complet de l’état liquidatif de la paie des fonctionnaires, avec des résultats attendus sous 30 jours. Cette initiative vise à cartographier les failles du système, garantir la transparence et assurer un paiement régulier des salaires, pierre angulaire de la stabilité sociale et de la confiance dans l’État.
La visite de la délégation du FMI RDC s’inscrit donc dans un dialogue continu et exigeant. Elle souligne à la fois les progrès accomplis sous l’égide de Judith Suminwa FMI et les défis de taille qui subsistent. L’avenir de ce partenariat, véritable boussole pour la stabilisation macroéconomique du géant d’Afrique centrale, dépendra de la capacité des autorités à tenir le cap des réformes, notamment dans la maîtrise des dépenses courantes, tout en répondant aux urgences sécuritaires et sociales. La RDC est à un carrefour : celui de transformer la discipline budgétaire en un levier durable pour une croissance inclusive et résiliente.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
