La scène politique congolaise est une fois de plus le théâtre d’une initiative aux allures de pari stratégique. Jean-Claude Baende, président de l’Alliance des démocrates humanistes (ADH) et rapporteur du Sénat, a pris position ce samedi 28 février en faveur d’une mise en œuvre préalable de la Commission Vérité et réconciliation (CVR) avant toute ouverture de dialogue politique. Cette déclaration, faite lors d’une entrevue avec une délégation du Conseil interreligieux congolais (CIC) à Kinshasa, relance le débat sur les priorités nationales dans un contexte de tensions persistantes.
La rencontre entre le leader politique et les représentants du CIC s’inscrit dans une série de consultations visant à apaiser le climat sociopolitique. Le Conseil interreligieux, acteur influent de la société civile, joue traditionnellement un rôle de médiateur dans les crises. En recevant cette délégation, Jean-Claude Baende a donc saisi l’occasion pour placer la réconciliation nationale au cœur de l’agenda. Mais cette priorité absolue donnée à la CVR interroge. S’agit-il d’une véritable volonté de guérison des blessures du passé ou d’une manœuvre tactique pour retarder un dialogue politique qui pourrait redistribuer les cartes du pouvoir ?
« Je suis déterminé à accompagner cette démarche jusqu’à son aboutissement », a affirmé avec conviction le président de l’ADH. Il a exprimé le vœu de voir les Congolais se réconcilier pour « baliser la voie vers une paix véritable », condition essentielle selon lui au développement du pays. Pour Jean-Claude Baende, les Congolais ont un intérêt vital à une vraie réconciliation afin de bâtir une paix solide. Il a également souhaité que ses compatriotes se mettent d’abord d’accord sur un projet commun pour le bien-être de la population. Des propos consensuels en apparence, mais qui, dans la bouche d’un rapporteur du Sénat, prennent une résonance particulière.
Du côté du Conseil interreligieux congolais, l’Archevêque Dodo Kamba, président du CIC, abonde dans le même sens. Il estime que la mise en place préalable de la Commission Vérité et réconciliation vise précisément à « décrisper le climat politique » en République Démocratique du Congo. Cette position religieuse et morale confère une légitimité supplémentaire à la démarche. Cependant, on peut s’interroger sur la faisabilité d’une telle séquence. La réconciliation nationale est un processus long et complexe, souvent entravé par des intérêts partisans. La prioriser avant tout dialogue politique ne risque-t-elle pas de créer une impasse, où les discussions substantielles seraient indéfiniment reportées au nom d’un idéal de paix ?
L’insistance de Jean-Claude Baende sur la Commission Vérité et réconciliation RDC révèle une stratégie politique subtile. En plaçant la barre très haut, l’élu s’affiche comme un défenseur de la paix et de l’unité nationale. Cette posture lui permet de se positionner en acteur responsable, au-dessus de la mêlée partisane. Mais dans le même temps, elle lui offre un argument pour contrôler le calendrier politique. En effet, sans réconciliation préalable, tout dialogue politique pourrait être considéré comme prématuré, voire contre-productif. Un raisonnement qui sert les intérêts de ceux qui préfèrent le statu quo à une redistribution incertaine du pouvoir.
Le dialogue politique Congo est pourtant une demande récurrente de l’opposition et de larges secteurs de la société. Il est souvent présenté comme la clé pour résoudre les crises institutionnelles et préparer des élections apaisées. En conditionnant son ouverture à la réussite d’une Commission Vérité et réconciliation, Jean-Claude Baende prend un risque calculé. D’un côté, il répond à une aspiration légitime à la paix. De l’autre, il expose son camp à des critiques s’il apparaît que la CVR sert d’alibi pour bloquer le dialogue. La crédibilité de l’ADH et de ses alliés en dépendra.
La balle est désormais dans le camp des autres acteurs politiques. Accepteront-ils cette séquence proposée par Jean-Claude Baende et soutenue par le Conseil interreligieux congolais ? Ou exigeront-ils que le dialogue politique s’ouvre sans préalable, quitte à inclure la question de la réconciliation dans ses travaux ? Les prochaines semaines seront décisives. La réconciliation nationale à Kinshasa et dans tout le pays ne se décrète pas ; elle se construit dans la transparence et la volonté de toutes les parties. Si la démarche de la CVR est sincère, elle pourrait marquer un tournant. Mais si elle n’est qu’un écran de fumée, elle risque d’aggraver les frustrations et de retarder encore la stabilisation tant attendue.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
