Dans un geste institutionnel à haute portée symbolique, le pouvoir exécutif a finalement donné un visage à deux piliers de sa stratégie de réforme économique. Ce samedi 28 février, la Radiotélévision nationale congolaise (RTNC) a diffusé les ordonnances présidentielles nommant les dirigeants du Fonds d’investissement stratégique (FIS-RDC) et de la nouvelle Entreprise nationale de gestion des infrastructures pétrolières (ENGIP-RDC SA). Une formalisation attendue, mais qui soulève immédiatement la question de sa traduction opérationnelle. Le président Félix Tshisekedi, par la voix de sa porte-parole Tina Salama, joue un pari ambitieux sur la gouvernance économique RDC, espérant transformer des structures administratives en leviers de croissance réels.
La création du FIS-RDC en août 2025 avait été présentée comme la pierre angulaire d’une nouvelle politique d’investissement public. Sa mission, aussi vaste qu’ambitieuse, couvre des secteurs allant des infrastructures à l’agriculture, en passant par les technologies. La nomination de Calvin Kabamba Nsupi à la présidence du Conseil d’administration et d’Émile Donantien Luhahi Osumba au poste de Directeur général marque le passage à la phase concrète. L’équipe qui les accompagne, composée de figures comme Maximilien Bandu Ndongala et Jean-Claude Mukanya Tshibumba, suggère un mélange d’expertise technique et de fidélité politique. Mais le défi est de taille : comment ce fonds parviendra-t-il à mobiliser des financements innovants dans un environnement économique mondial contraint, et à investir judicieusement sans reproduire les erreurs de gestion du passé ? Ces nominations présidentielles RDC placent des hommes au cœur d’un dispositif dont la réussite conditionnera la crédibilité de toute la politique économique du quinquennat.
Parallèlement, l’autre volet de cette réforme institutionnelle touche au secteur stratégique des hydrocarbures. La création de l’ENGIP-RDC SA découle de la récupération des actifs pétroliers gérés sous l’ère de la concession FINA LOG SA. En confiant la présidence du Conseil d’administration à Thierry Tshitenga Kabuya et la direction générale à Richard Beya Ilunga, l’exécutif mise sur une expertise sectorielle affirmée. Le profil de Richard Beya Ilunga, juriste spécialiste du pétrole et ancien administrateur de FINA LOG SA, semble en effet taillé pour la complexité du dossier. Sa participation aux comités de suivi des prix au ministère de l’Économie nationale et aux commissions techniques au ministère des Hydrocarbures lui donne une connaissance intime des arcanes du secteur. La mission de cette nouvelle entreprise publique est claire : sécuriser et rentabiliser les infrastructures pétrolières RDC, garantissant ainsi une sécurité énergétique longtemps fragilisée. La question sous-jacente est de savoir si cette structure, héritière d’un passé controversé, saura incarner une rupture dans la transparence et l’efficacité de la gestion publique.
L’analyse politique de ces nominations révèle une stratégie de pilotage étatique assumée. En plaçant des personnalités perçues comme des technocrates relativement discrets à la tête de ces entités, le pouvoir semble vouloir privilégier une approche gestionnaire, tout en conservant un contrôle politique étroit via les conseils d’administration. Cette volonté de professionnalisation est louable sur le papier, mais elle se heurtera inévitablement aux réalités du terrain congolais : lourdeurs administratives, pressions politiques et attentes sociales immédiates. Le FIS-RDC et l’ENGIP-RDC SA devront prouver qu’ils sont plus que des coquilles institutionnelles vides, et qu’ils peuvent générer des retombées concrètes pour la population. Le choix de ces dirigeants, s’il est judicieux sur le plan curriculaire, n’est qu’un premier pas. La véritable épreuve du feu commencera avec la publication de leurs premiers plans stratégiques et l’exécution de leurs premiers budgets.
En conclusion, ces nominations présidentielles RDC constituent une étape nécessaire dans l’opérationnalisation d’une vision économique réformatrice. Elles témoignent d’une volonté de structurer la gouvernance économique RDC autour d’instruments dédiés. Cependant, le risque d’un décalage entre les ambitions affichées et les capacités réelles de mise en œuvre reste palpable. Les prochains mois seront déterminants pour évaluer si le FIS-RDC et l’ENGIP-RDC SA deviennent des moteurs de transformation ou de simples artefacts bureaucratiques dans le paysage institutionnel congolais. Le président Tshisekedi a placé ses pions ; il lui reste maintenant à démontrer que ce jeu institutionnel peut gagner la partie du développement.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
