Jeudi 26 février, un souffle nouveau a parcouru les artères de Mbuji-Mayi. Après trente-six mois d’attente et de travaux, 35 kilomètres de voirie urbaine, réhabilités et modernisés, ont été officiellement remis à la province du Kasaï Oriental. Cette cérémonie de réception, matérialisée par la signature d’un procès-verbal entre l’entreprise SAFRIMEX SARL, les missions de contrôle et les autorités provinciales, marque-t-elle un tournant durable pour la capitale du diamant ? Pour des milliers d’habitants, ces routes asphaltées représentent bien plus qu’un simple ruban de bitume ; c’est la promesse d’une ville qui se redresse.
« Les premières impressions que nous avons, c’est d’abord un satisfecit », confie l’Ingénieur Freddy Mboma, Directeur du département technique de l’Office des voiries et drainage (OVD), maître d’ouvrage du projet. Son soulagement est palpable. « Les ouvrages ont répondu à toutes les sollicitations. Nous disons merci pour ces ouvrages de qualité. » Le chantier, colossal, a englobé la réhabilitation complète, l’asphaltage, le marquage au sol et l’installation d’un éclairage public moderne sur plusieurs axes majeurs de la ville. Cette opération d’envergure de réhabilitation de la voirie à Mbuji-Mayi était attendue comme le messie par une population exaspérée par les nids-de-poule et les nuages de poussière rouge.
Pourtant, l’ingénieur reste lucide. Comme tout ouvrage humain, des ajustements sont nécessaires. « On a vu avec l’inspection visuelle qu’il y a quelques points qui nécessitent une attention soutenue », reconnaît-il. Cette phase de réception n’est que formelle ; elle transfère surtout une lourde responsabilité. Désormais, la gestion et l’entretien de ces nouvelles infrastructures routières incombent à l’OVD. « Il va falloir que l’OVD prenne le relais pour inscrire ce projet dans les travaux du programme du Fonds d’Entretien Routier », souligne Freddy Mboma. La durabilité de cet investissement est l’enjeu caché derrière les cérémonies. La RDC peut-elle briser le cycle infernal de la construction suivie d’un abandon rapide ?
L’impact de ces travaux d’asphaltage dans le Kasaï Oriental dépasse la simple commodité. Imaginez le quotidien d’un moto-taximan, surnommé « Wewa », qui grimpait et descendait chaque jour des pistes défoncées. « Avant, c’était la croix et la bannière. La poussière nous étouffait, les chocs cassaient nos motos et nous coûtaient cher en réparations. Maintenant, c’est comme rouler sur du velours », témoigne-t-il, un sourire aux lèvres. Pour les commerçantes du marché central, la fin de la poussière signifie des étals plus propres et des produits moins vite périmés. L’éclairage public renforce la sécurité nocturne, permettant aux activités culturelles et économiques de se prolonger. Cette modernisation de la voirie urbaine est un vecteur direct de développement socio-économique.
Mais au-delà des bénéfices immédiats, cette réalisation pose une question fondamentale sur la gestion des infrastructures publiques en RDC. Le travail de SAFRIMEX, sous le contrôle des missions techniques, montre qu’une exécution « en quantité et en qualité » est possible. Le défi désormais est institutionnel et financier : l’OVD aura-t-il les moyens et la rigueur nécessaires pour entretenir ce patrimoine ? La tentation sera grande de laisser ces nouvelles routes se dégrader à leur tour, victimes du trafic lourd et d’un manque de maintenance préventive.
La livraison de ces 35 km est donc un symbole fort. Elle prouve que des projets structurants peuvent aboutir, même dans des contextes complexes. Elle redonne un peu de fierté aux citoyens de Mbuji-Mayi et esquisse un nouveau visage pour la ville. Pour combien de temps ? La réponse ne dépend plus des entrepreneurs, mais de la volonté politique et de la mise en place d’une gestion pérenne. L’asphaltage des routes était une étape nécessaire ; faire en sorte qu’elles restent en état est le combat qui commence. L’avenir de la mobilité et de l’économie locale en dépend.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
