Une réalité glaçante s’impose dans les rues de Goma et de Saké. Des enfants, au lieu de sillonner les couloirs des écoles, errent désœuvrés. Les chiffres, aussi froids qu’implacables, révèlent l’ampleur du drame. Une enquête récente de l’ONG Secours aux Vulnérables (SAV) met en lumière une déperdition scolaire massive qui frappe la région. En l’espace d’une seule année scolaire, quatorze établissements ont vu leurs effectifs se vider littéralement, un signe alarmant de la précarité extrême touchant les familles, qu’elles soient déplacées par les conflits ou locales.
Selon cette enquête SAV éducation, entre décembre 2024 et décembre 2025, le nombre d’élèves inscrits dans les écoles suivies est passé de 9 970 à environ 7 680. Une chute vertigineuse qui représente un taux de déperdition scolaire Goma de plus de 28 %. Comment en est-on arrivé là ? Que disent ces 2 162 enfants, dont 1 141 filles et 1 081 garçons, qui ont quitté les bancs de l’école ?
Espoir Kikuni, coordonnateur de SAV, dresse un diagnostic sans concession. « Un enfant qui passe deux ou trois jours sans manger ne peut pas se rendre à l’école », alerte-t-il, pointant du doigt l’insécurité alimentaire comme un obstacle majère. Mais la faim n’est pas le seul ennemi. Malgré les discours officiels sur la gratuité, le décrochage scolaire Nord-Kivu est alimenté par un coût indirect de l’éducation toujours trop lourd. Le manque criant de fournitures scolaires et la réintroduction sournoise de « primes » dans plusieurs écoles primaires de Goma plombent le budget déjà exsangue des parents.
La situation est d’autant plus critique que plus d’un millier d’élèves encore présents sur les listes sont identifiés comme orphelins ou « hautement vulnérables ». Ces enfants sont suspendus au-dessus du vide, à un incident de la vie de quitter définitivement le système. « Aujourd’hui, il suffit de marcher dans les rues pour constater le nombre croissant d’enfants qui y traînent », déplore Espoir Kikuni. Cette masse d’enfants et d’adolescents livrés à eux-mêmes constitue-t-elle une bombe à retardement pour la région ? L’ONG en est convaincue, avertissant que ce vide éducatif est un terreau fertile pour le banditisme urbain, les violences sous toutes leurs formes, et la recrudescence des mariages précoces et forcés, particulièrement pour les jeunes filles.
La tragédie de Goma et Saké n’est malheureusement que la partie émergée de l’iceberg. Elle s’inscrit dans une crise éducative d’une ampleur catastrophique à l’échelle de toute la province. Un rapport humanitaire publié début février 2026 donne le vertige : plus de 431 000 enfants sont actuellement hors système scolaire en RDC, spécifiquement dans le Nord-Kivu. Pire encore, 1 142 écoles sont fermées Nord-Kivu en raison de l’insécurité persistante, privant des générations entières de leur droit fondamental à l’instruction. Comment construire l’avenir d’une région lorsque ses salles de classe sont vides ou fermées ?
Face à ce tableau apocalyptique, l’appel lancé par SAV résonne comme une ultime sirène d’alarme. L’ONG presse les autorités provinciales et nationales, ainsi que les partenaires humanitaires, d’une intervention d’urgence. Le remède, selon elle, passe par un soutien concret et immédiat : financer massivement les fournitures scolaires pour rendre la gratuité effective, et soutenir les cantines scolaires pour que la faim ne soit plus une raison d’abandon. Sans une action rapide et coordonnée, c’est toute une génération qui risque d’être sacrifiée, avec des conséquences sociales et sécuritaires imprévisibles pour le Nord-Kivu et au-delà. Le système éducatif, déjà à genoux, pourra-t-il se relever ? La réponse dépend des décisions qui seront prises aujourd’hui.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
