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Gestion des cimetières à Kinshasa : entre indignité et risques sanitaires

« Construire sur des tombes, c’est franchir une ligne rouge », lance Patrick, la voix tremblante d’indignation. À Kinshasa, la gestion des cimetières suscite un tollé général. Entre habitations érigées sur des sépultures, cimetières saturés mais toujours utilisés, et documents administratifs manquants, la capitale congolaise fait face à un scandale qui touche à la dignité des morts et à la santé des vivants.

Comment en est-on arrivé là ? Dans les rues de Kinshasa, les témoignages se multiplient, mêlant tristesse et colère. Reddy, père de famille à Lemba, confie : « Personne n’enterre un proche de gaieté de cœur. Voir dans quelles conditions nos familles sont inhumées aujourd’hui, cela fait encore plus mal. » Pour beaucoup, cette situation reflète un manque total de respect envers les défunts et leurs proches. Jean-Paul, un autre habitant, s’interroge : « Comment peut-on autoriser des constructions dans un cimetière, un lieu sacré ? Cela montre un déficit de contrôle criant. »

La Commission Aménagement du territoire, Environnement et développement durable de l’Assemblée provinciale a entamé une mission d’audit pour examiner cette gestion chaotique des cimetières à Kinshasa. Ses constats sont alarmants. Lors d’une descente à la N’Sele, des maisons d’habitation ont été découvertes à l’intérieur même de cimetières. « Je ne vois pas quelqu’un s’installer de manière courageuse dans un cimetière sans qu’il y ait des services derrière qui délivrent des documents », s’interroge l’honorable Steve Mulumba Kongolo, qui dirige la délégation. Cette occupation illégale, facilitée par une possible complicité de services cadastraux, viole les normes funéraires au Congo et transforme des sites sacrés en terrains de lotissement anarchique.

La gestion des cimetières en RDC repose sur des textes datant de l’époque coloniale, souvent obsolètes. Mais, comme le note la Commission, le problème est moins l’âge des lois que leur non-application. Par exemple, la règle imposant une distance de 50 centimètres entre les tombes et les allées est largement ignorée. Pire, des cimetières déclarés pleins il y a plus de dix ans continuent d’accueillir des inhumations, accentuant la saturation des cimetières en RDC. Cela entraîne des pratiques irrégulières : enterrements dans les allées, exploitation des interstices entre caveaux, superposition de corps. Face à cette léthargie des autorités urbaines, l’Assemblée provinciale envisage un nouvel édit pour actualiser le cadre légal.

Au-delà de l’indignation morale, ces dysfonctionnements représentent un risque sanitaire majeur. Bertin Mbuya Kilabi, spécialiste environnemental, explique : « Les cimetières sont des réservoirs de déchets humains qui peuvent avoir des effets néfastes sur l’environnement et la santé. » En période de pluie, fréquente à Kinshasa, les eaux de ruissellement peuvent transporter des matières organiques vers les habitations, contaminant les sols et les nappes phréatiques. Dans une ville où l’accès à l’eau potable est déjà limité, ces risques sanitaires liés aux cimetières aggravent la vulnérabilité des populations. L’absence de traçabilité des inhumations complique encore la réponse en cas d’épidémie.

Face à ce constat, la Commission envisage des sanctions administratives, voire des arrestations, pour les responsables de ces irrégularités. Des recommandations seront adressées au gouverneur et aux ministres concernés. Steve Mulumba Kongolo souligne : « Il faut donner le temps à l’exécutif provincial de s’exécuter. Si les mesures sont prises dans les deux ou trois mois, la situation peut s’améliorer. » Mais pour les Kinois, l’urgence est là : il s’agit de préserver la mémoire collective et la santé publique.

La question des cimetières à Kinshasa dépasse le simple problème de gestion. Elle interroge la manière dont une ville en pleine expansion préserve la dignité de ses morts tout en protégeant la santé de ses vivants. Les habitations sur tombes et la saturation des sites funéraires ne sont pas seulement des scandales locaux ; ce sont des symptômes d’un urbanisme en crise. Les Kinois attendent des actions concrètes pour que cessent ces pratiques indignes et dangereuses. La mission parlementaire en cours pourrait être un premier pas vers une régulation urgente et nécessaire, mais le temps presse, tant pour les défunts que pour les générations futures.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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