Une délégation du ministère de l’Éducation nationale et de l’UNICEF s’est rendue, ce vendredi 27 février, dans des écoles de la N’sele. Objectif : évaluer les progrès d’une réforme pédagogique qui pourrait bien changer la donne pour des milliers d’élèves en République Démocratique du Congo. La province éducationnelle de Kinshasa-Plateau sert de laboratoire à l’expérimentation de la méthode « Teaching at the Right Level » (TARL), ou « Enseigner au bon niveau ». Une approche soutenue techniquement et financièrement par l’UNICEF, qui place résolument le niveau réel de l’enfant au cœur des apprentissages.
Mais comment fonctionne concrètement cette approche, et en quoi diffère-t-elle radicalement du système traditionnel congolais ? Contrairement au modèle classique où les élèves avancent par classe d’âge, parfois au détriment des fondamentaux, la méthode pédagogique par compétences TARL opère un regroupement basé sur les capacités réelles en lecture et en calcul. Un enfant de 10 ans en grande difficulté peut ainsi se retrouver dans un groupe travaillant sur la reconnaissance des lettres, tandis qu’un autre de 8 ans maîtrisant mieux les bases abordera des textes simples. Cette individualisation vise précisément à combler les retards scolaires souvent accumulés en raison de difficultés financières familiales ou des ruptures dues aux crises sociales.
Sur le terrain, à l’école primaire Maman Sifa, la transformation est palpable. « Auparavant, on utilisait du matériel classique. Avec cette approche, nous avons des outils précis. Nous pouvons, par exemple, faire la lecture à travers les images, ce qui facilite grandement la compréhension chez l’élève », témoigne Jean-Olivier Kabela, enseignant. Tableaux, projections d’images et supports adaptés ont remplacé le traditionnel tableau noir et la leçon uniforme pour tous. Cette évolution des outils didactiques n’est que la face visible d’un changement plus profond dans la relation pédagogique. L’enseignant devient un guide qui adapte son cours au niveau de chaque groupe, une pratique exigeante mais qui porte ses fruits.
Lors de la visite, Dorah Muanda, conseillère de la ministre d’État en charge de l’Éducation nationale, n’a pas caché son admiration. « J’ai été émerveillée par la prestation des enseignants. On sent qu’ils ont été bien formés et qu’ils prennent cette méthodologie au sérieux. Malgré des conditions parfois difficiles, l’engagement des élèves est tout aussi palpable », a-t-elle déclaré. Cette appropriation par le corps enseignant est un signal fort. Elle démontre que la réforme éducative Congo peut rencontrer l’adhésion des premiers concernés, à condition d’être accompagnée d’une formation solide et continue. Depuis son lancement en octobre dernier, le TARL est déjà déployé dans 54 écoles de la province, touchant ainsi des centaines d’élèves.
Face à ces résultats encourageants, la question de la généralisation se pose naturellement. Le ministère de l’Éducation nationale envisage effectivement d’intensifier la formation, tant initiale que continue, des enseignants. L’ambition est claire : étendre cette méthodologie à un plus grand nombre d’établissements à travers le pays. Mais un tel déploiement nécessitera des moyens humains et logistiques conséquents. Comment reproduire à large échelle la qualité d’encadrement observée dans le cadre expérimental ? Comment s’assurer que tous les enseignants seront formés avec le même sérieux ?
L’expérience du Teaching at the Right Level RDC à Kinshasa ouvre une voie prometteuse. Elle démontre qu’il est possible de repenser l’enseignement pour qu’il soit réellement inclusif et efficace, en sortant du carcan rigide des programmes conçus pour une classe d’âge théorique. La priorité donnée aux compétences fondamentales est une réponse pragmatique à l’échec scolaire massif. Si les efforts de formation et de financement sont maintenus, cette méthode pédagogique par compétences pourrait contribuer significativement à améliorer la qualité de l’éducation de base en RDC. Le défi est désormais de passer du laboratoire kinois à une application nationale, pour offrir à chaque enfant congolais, quel que soit son point de départ, une chance réelle d’apprendre et de progresser.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: radiookapi.net
