Une tragédie qui aurait pu être évitée vient de frapper le village de Nkoshi, dans le territoire de Bulungu, province du Kwilu. Jeudi dernier, la quiétude de cette localité a été brutalement interrompue par un éboulement de terre qui a coûté la vie à quatre jeunes élèves. Un accident scolaire dont les circonstances soulèvent de profondes interrogations sur les conditions de scolarisation dans certaines zones rurales de la République Démocratique du Congo.
Comment en est-on arrivé là ? Selon les premiers éléments, ces élèves ont été envoyés par leurs propres enseignants chercher de la terre pour la fabrication de briques, dans le cadre de la construction de leur école. Une pratique pourtant formellement interdite. « Ils étaient envoyés par les enseignants à titre de travaux manuels, bien que ces travaux manuels aient été interdits par la loi. Mais au village, cette pratique demeure », déplore avec amertume Dirigeant Munzende, président de la société civile de Bulungu. Alors qu’ils étaient seuls et sans surveillance, un pan de terre s’est soudainement effondré sur eux, causant la mort de quatre enfants : un élève de sixième année primaire et trois autres de quatrième.
Cette nouvelle a provoqué un choc et une colère immense au sein de la communauté. Dans un mouvement de rage et de désespoir, les habitants ont pris pour cible les enseignants de l’école Mwensia, rendus responsables de cette perte insupportable. En représailles, les maisons de plusieurs enseignants ont été incendiées, forçant l’ensemble du corps professoral à prendre la fuite pour échapper à la vindicte populaire. L’incendie des maisons des enseignants marque un tournant dramatique, paralysant instantanément toutes les activités scolaires dans la zone. Outre le deuil, c’est désormais l’avenir éducatif de dizaines d’autres enfants qui est compromis.
La société civile de Bulungu est immédiatement montée au créneau pour tirer la sonnette d’alarme. Elle dénonce avec force la persistance de pratiques d’un autre âge qui mettent en danger la vie des élèves. « Outre les pertes en vies humaines, il y a d’importants dégâts matériels. Les maisons des enseignants ont été incendiées par la population », a confirmé Dirigeant Munzende, soulignant la double peine subie par la communauté. Ce drame met en lumière le fossé qui existe parfois entre les textes de loi et la réalité du terrain, où les travaux manuels interdits à l’école continuent d’être monnaie courante, souvent sous couvert de nécessité ou de participation communautaire.
Face à l’ampleur de la crise, une commission d’inspecteurs a été dépêchée d’urgence sur les lieux pour mener les enquêtes. Sa mission est double : déterminer les causes exactes de l’éboulement et les responsabilités dans l’organisation de ces travaux interdits, mais aussi œuvrer à apaiser les tensions et à trouver une issue à la paralysie scolaire. Les questions sont nombreuses. Qui a autorisé ces travaux ? Pourquoi les enfants n’étaient-ils pas encadrés ? Comment garantir que de telles pratiques ne se reproduiront plus ?
Pour l’instant, le silence des autorités provinciales du secteur est assourdissant. Aucune décision, mesure concrète ou message de condoléances officiel n’a encore été annoncé. Cette absence de réaction immédiate ajoute à l’inquiétude des familles et de la société civile, qui appellent à une prise de conscience nationale. Cet éboulement à Bulungu est plus qu’un simple fait divers ; c’est un signal d’alarme criant sur l’état de l’école dans certaines régions et sur la sécurité des enfants, qui devrait être une priorité absolue.
L’enjeu est maintenant de transformer cette douleur en action. Va-t-on enfin prendre des mesures pour faire respecter l’interdiction des travaux forcés dans les écoles du Kwilu et au-delà ? Comment reconstruire la confiance entre les enseignants en fuite et une population en deuil ? La réponse des autorités sera scrutée à la loupe, car elle déterminera si la leçon de cette tragédie a été entendue, ou si l’oubli et la routine finiront par l’emporter, au risque de voir se répéter un tel drame.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Actualite.cd
