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Révision constitutionnelle en RDC : Le colloque de la Konrad Adenauer met à nu le fossé entre majorité et opposition

Le débat sur l’avenir de la loi fondamentale congolaise, organisé à l’initiative de la Fondation Konrad Adenauer, s’est rapidement transformé en miroir grossissant des fractures qui traversent la scène politique nationale. Vingt ans après son adoption par référendum, la Constitution de la République démocratique du Congo, célébrée pour sa longévité, est désormais au cœur d’une bataille idéologique et stratégique dont les contours se dessinent avec une rare acuité. Le colloque scientifique, présenté comme un espace de réflexion apaisé, a finalement révélé l’ampleur des désaccords, cristallisant les positions entre une majorité présidentielle ouverte à la révision et une opposition qui y voit un piège politique.

André Mbata, député national et cadre influent de l’UDPS, parti pivot de l’Union sacrée, a posé les premiers jalons du débat en adoptant une posture pragmatique. Affirmant que l’actuelle Constitution est la « meilleure » que le pays ait connue, il a immédiatement tempéré cet éloge par un principe de réalité politique : « Aucune Constitution n’est immuable ». Son intervention, qui a ouvert les travaux, s’est appuyée sur l’argument de l’évolution sociétale, suggérant que des ajustements pourraient être nécessaires pour améliorer l’efficacité de la gouvernance. Cette position, teintée d’une apparente modération, ouvre cependant la boîte de Pandore d’un processus de révision dont les finalités réelles interrogent. Le pouvoir en place joue-t-il un jeu subtil pour consolider ses acquis institutionnels sous couvert de modernisation ?

Face à cette ouverture, la réaction de l’opposition a été sans ambages, traduisant une méfiance profonde. Devos Kitoko, secrétaire général de l’ECiDé, a retourné le débat vers la responsabilité du gouvernement en place. Par une question rhétorique cinglante – « Quelle est la disposition constitutionnelle qui empêche aujourd’hui le gouvernement d’améliorer les conditions de vie des Congolais ? » – il a déplacé le curseur des priorités nationales. Pour l’opposition, le problème congolais ne réside pas dans le texte constitutionnel mais dans sa mise en œuvre et, surtout, dans la gestion quotidienne des affaires publiques. Cette posture défensive souligne une stratégie claire : refuser tout terrain d’entente qui pourrait légitimer une initiative perçue comme un cheval de Troie de la majorité. Les tensions politiques congolaises trouvent ici un exutoire parfait, où le débat de fond est systématiquement noyé dans la méfiance réciproque.

L’incident le plus marquant de cette journée, révélateur du climat délétère, fut le départ coordonné et spectaculaire des représentants de plusieurs plateformes majeures de l’opposition, dont le FCC, Ensemble pour la République et le LGD. En quittant brusquement la salle, ils ont signifié leur refus de participer à ce qu’ils considèrent comme une mascarade, dénonçant l’absence de « décideurs » réels et de garanties sur l’impact des discussions. Ce coup d’éclat, calculé pour marquer les esprits, pose une question fondamentale sur l’espace du débat démocratique en RDC. Les opposants ont-ils raison de se méfier d’un dialogue sans lendemain, ou leur retrait précipité les prive-t-il d’une tribune pour défendre leurs arguments ? Cet épisode dramatique laisse planer l’ombre d’une polarisation croissante, où le dialogue cède le pas à la confrontation symbolique.

Malgré cette tempête, les travaux ont péniblement continué, recentrés sur les échanges entre experts universitaires et cadres de la majorité. Cette configuration asymétrique a donné au reste du colloque des allures de monologue, loin de l’idéal du débat contradictoire recherché par la Fondation Konrad Adenauer. La fondation allemande, habituée à faciliter le dialogue politique, se retrouve ainsi prise en étau dans les luttes intestines congolaises. Son initiative, aussi louable soit-elle, bute sur la dure réalité d’un système politique où la méfiance est érigée en principe de survie.

Au final, ce colloque censé analyser froidement les forces et faiblesses de la Constitution aura surtout servi de révélateur. Il a mis en lumière l’impasse dans laquelle se trouve le débat sur la révision constitutionnelle en RDC. D’un côté, une majorité qui avance prudemment ses pions en invoquant l’adaptation nécessaire des institutions. De l’autre, une opposition arc-boutée sur un statu quo qu’elle estime plus protecteur, refusant de donner au pouvoir les clés d’une modification qu’elle redoute instrumentalisée. Vingt ans après, la loi fondamentale est moins un cadre unificateur qu’un champ de bataille. La question qui demeure est de savoir si les acteurs politiques congolais parviendront un jour à discuter sereinement de leur pacte commun, ou si les prochains chapitres de cette saga se construiront dans la conflictualité permanente, au détriment de l’intérêt supérieur de la nation.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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