30.2 C
Kinshasa
mercredi, février 25, 2026

Toute l'Actualité RDC, en Direct et en Détail

AccueilActualitéPolitiqueRDC à l'ONU : Kayikwamba dénonce l'agression rwandaise et présente ses réformes

RDC à l’ONU : Kayikwamba dénonce l’agression rwandaise et présente ses réformes

À Genève, devant l’assemblée onusienne, la voix de la République Démocratique du Congo a résonné avec une fermeté inhabituelle, mêlant affirmation de principes et accusation frontale. La déclaration de la ministre d’État Thérèse Kayikwamba Wagner à la 61e session du Conseil des droits de l’homme des Nations Unies n’est pas qu’un simple exercice diplomatique ; elle est le reflet d’un gouvernement qui tente de reprendre l’initiative narrative sur la scène internationale, tout en pointant du doigt l’obstacle majeur à ses réformes.

Le discours, structuré et volontariste, s’est articulé autour d’un double engagement. D’une part, Kinshasa réaffirme son attachement aux instruments internationaux et détaille une feuille de route ambitieuse pour renforcer l’État de droit. La mise en avant d’une politique de « tolérance zéro » contre les violences sexuelles, la création d’un mécanisme institutionnel de réparation avec un fonds dédié, et surtout l’annonce d’un futur tribunal pénal économique et financier visent à démontrer une prise en main des dossiers sensibles. Ce dernier projet, particulièrement audacieux, vise directement les circuits opaques de l’économie de guerre et de la corruption, présentés comme des causes structurelles des violations. La ministre a également insisté sur le respect des normes internationales dans l’exploitation des ressources naturelles stratégiques, un domaine où les critiques sont légion. Mais cette stratégie de communication bien rodée sert-elle à masquer des lacunes ou à consolider une crédibilité longtemps entamée ?

Car, et c’est le second volet autrement plus sombre de l’intervention, la cheffe de la diplomatie congolaise a immédiatement placé ces efforts dans le contexte de ce qu’elle a qualifié sans ambages d’agression. Le ton a changé lorsqu’il s’est agi d’évoquer les provinces du Nord-Kivu et du Sud-Kivu. Les mots sont devenus plus durs, les chiffres, accablants. Kayikwamba Wagner a cité les rapports du Groupe d’experts de l’ONU et la résolution du Conseil des droits de l’homme pour étayer ses accusations contre le M23, qu’elle a directement lié au Rwanda via les RDF (Rwanda Defence Force). Les violations documentées – assassinats, violences sexuelles systémiques, déplacements massifs, pillage des ressources – ont été égrenées avec une précision glaçante. Le chiffre d’une femme violée toutes les quatre minutes dans ces zones et celui de près de huit millions de personnes déplacées résument l’ampleur de la catastrophe humanitaire et des droits de l’homme bafoués.

Cette partie du discours avait clairement pour objectif de forcer une prise de conscience internationale. En brandissant l’ordonnance présidentielle de novembre 2025 déclarant nuls les actes posés par « les forces d’occupation », le gouvernement congolais tente d’inscrire le conflit dans un cadre juridique clair et de contester toute légitimité aux actions du M23. La référence à plus de 17 000 atteintes graves, dont 15 000 pertes en vies humaines, issue d’un rapport consolidé élaboré avec la société civile, vise à donner un poids irréfutable à sa plainte. Le message sous-jacent est limpide : comment Kinshasa pourrait-il pleinement appliquer ses réformes et assurer les réparations aux victimes du conflit dans un contexte d’instabilité armée entretenue de l’extérieur ?

La manœuvre diplomatique est habile. Elle place la communauté internationale, et particulièrement les membres du Conseil de sécurité qui ont déjà condamné les violations dans la résolution 2773, face à leurs responsabilités. En liant explicitement la réussite de ses réformes internes de justice transitionnelle et économique à la cessation de « tout soutien à l’AFC/M23 », la RDC retourne la pression. Elle pose une équation simple : la stabilisation de l’Est et la protection des civils sont la condition sine qua non de la consolidation de l’État de droit.

Cette déclaration de la RDC à l’ONU marque donc un tournant rhétorique. Elle ne se contente plus de dénoncer ; elle oppose un agenda de reconstruction interne aux dynamiques de déstabilisation. La ministre Kayikwamba a joué sur deux tableaux : présenter son gouvernement comme un partenaire sérieux engagé dans des réformes profondes, tout en dénonçant l’agression rwandaise dans l’Est du Congo comme le principal facteur de blocage. L’efficacité de cette stratégie se mesurera à l’aune des actions concrètes qui suivront, tant au niveau national pour la mise en œuvre des tribunaux spéciaux et du fonds de réparation, qu’au niveau international pour une pression accrue sur Kigali. Le défi pour Kinshasa sera de maintenir cette cohérence entre son discours à Genève et ses actions sur le terrain, dans un paysage politique interne souvent fragmenté. La crédibilité des promesses de justice et de réparation en dépend directement.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 25 Février 2026

Tensions maximales au Nord-Kivu, Kolwezi sanctionne sévèrement un viol collectif, 13 000 enfants errent à Bukavu, l’EDC paralysée pour une dette de 52 milliards, la RDC monte au créneau à l’ONU, Radio Okapi fête 24 ans contre la désinformation, et la justice d’Ituri à l’arrêt après une agression d’avocat. Retrouvez l’essentiel du 25 février 2026 en moins de 3 minutes.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques