Dans les ruelles animées de Kinshasa ou au cœur des villages reculés du Kivu, le son familier de Radio Okapi résonne depuis près d’un quart de siècle. Pour des millions de Congolais, cette voix n’est pas qu’une simple fréquence radio ; c’est un bouclier quotidien contre le flot torrentiel de fausses nouvelles qui inonde les réseaux sociaux. Alors que la station célèbre ce mercredi 25 février 2026 ses 24 ans d’existence, une question persiste : dans un paysage médiatique congolais souvent tumultueux, comment une radio maintient-elle une telle crédibilité ?
L’abbé Richard Khonde, directeur des programmes d’une radio diocésaine à Boma, résume ce sentiment partagé par beaucoup : Radio Okapi reste fidèle à sa mission première, celle de diffuser une information vérifiée, vraie et fiable. Cette fidélité n’est pas un hasard. Née le 25 février 2002 d’un partenariat entre la Fondation Hirondelle et la Mission des Nations unies en RDC (MONUC, devenue MONUSCO), la radio avait pour mandat clair d’accompagner un pays meurtri vers la paix. Vingt-quatre ans plus tard, cet objectif reste plus actuel que jamais. Comment une institution comme Radio Okapi parvient-elle à consolider la paix par les ondes ? La réponse se niche dans son approche rigoureuse et inclusive du journalisme.
Au-delà des bulletins d’information, Radio Okapi offre à ses auditeurs une palette de programmes qui épousent les préoccupations des Congolais. Des débats sur l’éducation aux chroniques agricoles, en passant par des magazines de santé, la radio se penche sur le quotidien des populations. Cette diversité, couplée à une diffusion en français et dans les quatre langues nationales – swahili, lingala, kikongo et tshiluba –, assure une pénétration profonde dans le tissu social. Elle n’est pas une voix venue d’ailleurs, mais un écho des réalités congolaises, compris de tous. Dans un pays aussi vaste et divers que la RDC, cette pluralité linguistique n’est pas un détail ; c’est le cœur d’une stratégie d’information inclusive.
Aujourd’hui, face à l’ampleur de la désinformation au Congo, souvent propagée à une vitesse vertigineuse sur les plateformes numériques, le rôle de Radio Okapi comme source d’information fiable en RDC est crucial. Les témoignages d’auditeurs à travers le pays le confirment : dans la tourmente des rumeurs, la radio des Nations unies en RDC sert de phare. Les fausses informations sur les conflits, la santé ou la politique peuvent avoir des conséquences dramatiques, exacerbant les tensions. Radio Okapi, par son processus de vérification et son ancrage local, constitue un rempart. Peut-on vraiment évaluer le prix de la vérité dans un contexte post-conflit ? Pour beaucoup de familles, cette vérité est synonyme de stabilité et de sécurité.
Le chemin parcouru en 24 ans par Radio Okapi est jalonné de défis. Le partenariat avec les Nations unies lui a offert une indépendance éditoriale et des moyens, mais l’a aussi parfois exposée à des critiques politiques. Pourtant, sa longévité et sa persistance à servir l’intérêt général sont des preuves de sa résilience. Alors que la MONUSCO entame son processus de retrait, la question de l’avenir de cette radio emblématique se pose. Les médias des Nations unies en RDC pourront-ils transmettre ce legs ? La société civile et les professionnels des médias locaux observent avec attention, conscients que le vide laissé par une information fiable pourrait être comblé par le chaos narratif.
En cette période de célébration, il ne s’agit pas seulement de regarder en arrière, mais aussi d’envisager l’avenir. Les 24 ans de Radio Okapi ne sont pas seulement un anniversaire ; c’est un rappel de l’importance cruciale d’un journalisme intègre pour la démocratie et la cohésion sociale. Dans un pays où l’accès à une information objective reste un luxe pour beaucoup, cette radio continue d’être un bien commun. Alors que les défis de la désinformation et de la polarisation persistent, le besoin de sources comme Radio Okapi, qui priorisent la vérification et le dialogue, est plus pressant que jamais. L’enjeu, finalement, dépasse les ondes : il touche à la capacité de la nation congolaise à construire un avenir paisible sur le socle de la vérité partagée.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
