Le vénérable poste de radio a traversé deux décennies de l’histoire tumultueuse du pays. Pour l’abbé Richard Khonde, directeur des programmes de la Radiotélé diocésaine Nguizani de Boma, cette longévité n’est pas un hasard : « Radio Okapi reste fidèle à sa mission première : diffuser une information vérifiée, vraie et fiable. » Un credo qui résonne comme un rempart essentiel dans le paysage médiatique congolais actuel.
Née le 25 février 2002 d’un partenariat unique entre la Fondation Hirondelle et la Mission des Nations unies (MONUC, devenue MONUSCO), la radio avait pour mandat fondateur d’accompagner un processus de paix fragile. Vingt-quatre ans plus tard, elle a largement transcendé ce cadre initial. Elle s’est ancrée dans le quotidien de millions de Congolais, émettant depuis Kinshasa en français, mais surtout en swahili, lingala, kikongo et tshiluba. Cette polyphonie linguistique est l’une de ses forces, lui permettant de toucher les communautés dans leurs langues maternelles, au cœur de leurs préoccupations.
Aujourd’hui, alors que les médias Congo font face à une concurrence féroce et à la défiance, la célébration de cet anniversaire interroge. Quel est le secret de cette résilience ? L’analyse collective pointe vers une rigueur éditoriale devenue rare. Dans un océan de désinformation où les réseaux sociaux Congo propagent souvent des rumeurs à la vitesse de la lumière, Radio Okapi s’impose comme un phare de vérification. Les équipes de la radio, disséminées à travers le territoire, privilégient le croisement des sources et le fact-checking minutieux avant toute diffusion.
« En cette période où la désinformation prend de l’ampleur, Radio Okapi demeure une des sources fiables pour ne pas tomber dans le piège des fausses informations », confirme un auditeur de Goma. Cette réputation de fiabilité est son principal capital. Elle n’est pas seulement une radio d’information générale ; elle produit une multitude de programmes éducatifs, de débats citoyens et de magazines qui se penchent sur la santé, l’agriculture, ou les droits des femmes. Elle remplit ainsi une mission de service public cruciale dans des régions où l’État est souvent absent.
Le partenariat historique avec la Fondation Hirondelle MONUSCO a certes fourni un cadre technique et financier, mais l’âme de la radio est congolaise. Ses journalistes, formés aux standards internationaux, font le choix quotidien de l’information vérifiée RDC. Ils arpentent les villages, interrogent les autorités, et donnent la parole aux sans-voix, consolidant ainsi, microrubrique par microrubrique, un espace démocratique.
Alors, que représente ce Radio Okapi anniversaire ? Bien plus qu’une simple date. C’est la célébration d’un contre-modèle médiatique. Dans un contexte où la polarisation politique peut influencer les rédactions, Okapi tente de maintenir une ligne équidistante, fondée sur les faits. Son enjeu sociétal est immense : en formant des citoyens mieux informés, elle participe à la construction d’une nation plus critique et plus unie. Son existence continue de poser cette question fondamentale : une information de qualité, accessible à tous, peut-elle être le ciment d’une paix durable en RDC ? Vingt-quatre ans après, la radio y répond chaque jour, sur les ondes et en ligne, pour ses auditeurs.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
