La nature a encore frappé avec une violence terrifiante au cœur de l’un des joyaux écologiques de la planète. Ce dimanche 22 février, des pluies diluviennes se sont abattues sur le massif du Ruwenzori, transformant la paisible rivière Taliha en un torrent déchaîné. En quelques heures à peine, une coulée de boue et de pierres a tout emporté sur son passage, infligeant un coup dur au secteur Nord du Parc national des Virunga. Cette catastrophe naturelle au Nord-Kivu est un signal d’alarme criant sur la vulnérabilité de nos écosystèmes face aux événements climatiques extrêmes.
Le bilan, encore provisoire, est déjà lourd d’une tristesse incommensurable. Un agent de l’Institut congolais pour la conservation de la nature (ICCN), gardien dévoué de cette biodiversité exceptionnelle, a perdu la vie dans cette tragédie. Son sacrifice rappelle le danger permanent auquel font face ces hommes et ces femmes qui protègent notre patrimoine naturel. Mais au-delà de cette perte humaine, les dégâts matériels sont colossaux. Les installations techniques et administratives de l’ICCN à Mutsora, quartier général du secteur, ont été submergées et gravement endommagées par la furie des eaux. Comment une telle force a-t-elle pu anéantir des infrastructures vitales pour la protection du parc ?
La colère de la rivière Taliha n’a malheureusement pas épargné les communautés riveraines, premières victimes collatérales de ces inondations Ruwenzori. Meleki Mulala, président de la société civile locale, dresse un inventaire glaçant : au moins vingt habitations réduites à l’état de ruines, le bureau d’une école primaire envahi par la boue, treize champs agricoles entièrement dévastés. « Les dégâts sont énormes », lance-t-il, le cœur lourd. Des biens domestiques, souvenirs et moyens de subsistance, ont été impitoyablement emportés par le courant, laissant des familles entières sans abri et sans ressources. Cette crue rivière Taliha n’est pas qu’un désastre écologique, c’est un drame humain et social.
Face à l’urgence, l’ICCN RDC s’est immédiatement mobilisé. Des équipes sont sur le terrain pour évaluer l’étendue exacte des dégâts et tenter de sécuriser les infrastructures stratégiques encore debout. La direction provinciale du Nord-Kivu est en état d’alerte maximale. Mais cette crise soulève des questions plus profondes. Le massif du Ruwenzori, région de haute altitude, est régulièrement le théâtre de ces crues subites et destructrices, surtout en saison des pluies. Ces phénomènes sont-ils amplifiés par les dérèglements climatiques globaux ou par une pression accrue sur les terres ? La déforestation, même localisée, peut-elle fragiliser les sols et aggraver les risques de glissements de terrain et d’inondations éclairs ?
Les conséquences de cette catastrophe naturelle Nord-Kivu dépassent le cadre immédiat. Le Parc national des Virunga, déjà sous pression constante, voit sa capacité opérationnelle affaiblie. La perte d’équipements et la destruction d’infrastructures compliquent le travail essentiel de conservation, de lutte anti-braconnage et de monitoring de la faune. Cette forêt en détresse, poumon vert de l’Afrique, mérite-t-elle de rester si vulnérable ? La sécurité des agents et des populations riveraines doit devenir une priorité absolue.
L’appel lancé par la société civile pour une intervention immédiate du gouvernement résonne comme une évidence. Il ne s’agit plus seulement de gérer l’urgence, mais de penser la résilience à long terme. Renforcer les systèmes d’alerte précoce, aménager les bassins versants, soutenir les pratiques agricoles durables en périphérie du parc sont autant de pistes à explorer. La tragédie de la Taliha doit servir de électrochoc. Protéger les gardes forestiers et les communautés, c’est protéger le parc lui-même. L’équilibre écologique du Virunga, et par extension du bassin du Congo, est intimement lié au bien-être des hommes qui l’habitent et le défendent. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action concertée et déterminée.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
