Huit années se sont écoulées depuis ce dimanche de carême où des milliers de fidèles, bible et chapelet en main, ont marché pour défendre la Constitution congolaise. Ce mercredi 25 février 2026 marque l’anniversaire d’une marche pacifique 25 février 2018 dont l’onde de choc continue de résonner dans l’arène politique nationale. Organisée par le Comité de laïcs chrétiens (CLC), cette manifestation visait à barrer la route à un troisième mandat de l’ancien président Joseph Kabila. Le pouvoir de l’époque a-t-il alors sous-estimé la détermination silencieuse portée par la foi ? La réponse fut une répression manifestations Kinshasa d’une brutalité qui a durablement marqué les consciences et scellé le destin tragique de plusieurs citoyens.
L’événement s’inscrivait dans une séquence politique tendue, où l’Église catholique, à travers ses laïcs, s’érigeait en rempart ultime contre la dérive autoritaire. La stratégie du CLC, fondée sur la non-violence et la prière, représentait un défi singulier pour un régime habitué à contrer des oppositions plus conventionnelles. En dispersant la foule par les armes, les forces de l’ordre n’ont pas seulement brisé une procession ; elles ont peut-être, à leur insu, forgé des martyrs et cristallisé un récit de résistance bien plus puissant. Le sacrifice de Rossy Mukendi Tshimanga, fauché par des balles réelles devant la paroisse Saint-Benoît de Lemba, est devenu l’emblème de cette journée. Enseignant et militant, sa mort, sanctionnée par un procès aux conclusions accablantes pour l’État en septembre 2018, a transformé un acte de répression locale en un symbole national de la lutte pour l’alternance.
Mais Rossy Mukendi ne fut pas la seule victime. L’anniversaire marche CLC est aussi celui de nombreux blessés, comme Beya wa Beya, qui porte encore dans sa chair les stigmates de cette journée. Son témoignage, huit ans après, décrit une scène de confusion et de violence où la paix des croyants a été percutée par la férocité d’un appareil sécuritaire dévoyé. « Nous marchions pacifiquement… Soudain, les tirs ont commencé. » Cette phrase simple résume l’absurdité de la confrontation. La survie de Beya wa Beya, qu’il attribue à la grâce divine, et son « esprit intact » interrogent : jusqu’où une société peut-elle absorber la violence d’État sans perdre son âme ? Son appel à ne pas oublier le prix payé résonne comme un avertissement contre l’amnésie collective, souvent complice des répétitions historiques.
Sur le plan politique, la répression manifestations Kinshasa du 25 février 2018 a constitué un tournant. Elle a révélé, de manière crue, les limites de la tolérance du régime Kabila et a catalysé une prise de conscience internationale. L’Église, en première ligne, a vu son crédit moral renforcé, tandis que l’exécutif en sortait moralement affaibli. Cet épisode a-t-il, in fine, précipité la transition qui a suivi ? L’analyse suggère qu’il a incontestablement alourdi le coût politique de la prolongation, en légitimant les inquiétudes de la communauté internationale et en unifiant un front civil disparate autour d’une cause sacralisée par le sang.
Aujourd’hui, commémorer cet anniversaire marche CLC dépasse le simple devoir de mémoire. C’est un acte politique à part entière, un rappel à l’ordre adressé aux actuels dirigeants. Les familles des victimes et les organisateurs du CLC réclament toujours justice et reconnaissance pleine et entière. Dans un contexte où les tentations autoritaires resurgissent sous d’autres formes, le souvenir du 25 février 2018 sert de garde-fou. La démocratie congolaise, encore jeune et fragile, peut-elle se construire sur l’impunité de ses bourreaux d’hier ? La question reste ouverte, et pèse sur la crédibilité de l’État de droit.
En définitive, la marche pacifique 25 février 2018 et sa répression sanglante ont inscrit dans le marbre de l’histoire récente un principe : au Congo, la société civile, notamment religieuse, reste un contre-pouvoir incontournable, capable de mobiliser dans la dignité et de payer le prix ultime. Le chemin vers une démocratie apaisée passe nécessairement par l’établissement de toute la vérité sur ce jour et par une réparation digne pour les victimes. Huit ans après, le fantôme de Rossy Mukendi Tshimanga hante toujours les couloirs du pouvoir, rappelant que les martyrs de la liberté ont une longue mémoire, et que leurs causes finissent souvent par triompher.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
