La ville de Kisangani, poumon économique de la province de la Tshopo, suffoque sous le poids d’une flambée incontrôlée des prix. Le panier de la ménagère boyomaise se réduit à vue d’œil, victime d’une convergence de facteurs économiques défavorables qui grèvent le pouvoir d’achat des populations. Les marchés de la capitale de la Tshopo affichent désormais des étiquettes qui plongent les consommateurs dans la désolation, transformant l’acte simple de se nourrir en un défi quotidien de plus en plus difficile à relever.
L’ampleur de la hausse des prix à Kisangani est vertigineuse et se mesure à l’aune des produits les plus élémentaires. Un simple gobelet de riz, pierre angulaire de l’alimentation locale, a connu une envolée de 40%, passant de 1 000 à 1 400 francs congolais (CDF). Le haricot, autre denrée de base, affiche une inflation encore plus brutale, avec des prix qui ont presque doublé, oscillant désormais entre 1 700 et 1 800 CDF. Même les produits manufacturés comme le savon ne sont pas épargnés par cette spirale ascendante, signalant une inflation généralisée qui touche tous les segments de l’économie Kisangani.
Quelles sont les racines de cette inflation galopante dans la Tshopo ? L’analyse révèle un cocktail explosif de vulnérabilités structurelles et de chocs conjoncturels. En première ligne, l’instabilité chronique du réseau électrique paralyse le secteur productif. Les moulins et les petites unités de transformation, privés de courant régulier, sont contraints de recourir massivement aux groupes électrogènes, alimentés par un carburant dont le prix s’envette. Cette substitution énergétique coûteuse se répercute mécaniquement sur les coûts de production, puis sur les prix finaux pour les produits de première nécessité.
Le deuxième levier de cette crise est monétaire. La fluctuation erratique du dollar américain face au franc congolais injecte une dose d’incertitude toxique dans les circuits d’importation. De nombreux produits, qu’ils soient alimentaires ou manufacturés, dépendent de cette chaîne. Une dépréciation du CDF se traduit immédiatement par un renchérissement des biens importés, une dynamique qui échappe souvent au contrôle des acteurs locaux. Cette instabilité des changes agit comme un accélérateur de l’inflation, rendant toute prévision économique périlleuse pour les commerçants.
Face à cette situation, le silence des grossistes interroge, tandis que les détaillants se renvoient la responsabilité de la flambée. Pourtant, une faille réglementaire semble avoir joué un rôle catalyseur. Selon Roger Mabonane, chef de la Division provinciale de l’Économie de la Tshopo, le moratoire sur le contrôle des prix décidé au niveau national a créé un vide temporaire. Cette trêve dans la surveillance des marchés aurait, selon les autorités économiques provinciales, ouvert la porte à des pratiques spéculatives, certains commerçants profitant de l’absence de cadre contraignant pour ajuster leurs marges à la hausse.
Consciente de l’urgence sociale, la Division de l’Économie de la Tshopo annonce une contre-offensive régulatrice. Dès la semaine prochaine, elle compte relancer des contrôles hebdomadaires stricts sur l’ensemble des marchés de Kisangani. L’objectif est double : d’une part, décourager la spéculation pure et dure en rétablissant une présence dissuasive de l’État ; d’autre part, protéger le consommateur final, dont le pouvoir d’achat ne cesse de s’éroder. Cette reprise en main du contrôle des prix vise à restaurer une forme de transparence et d’équité dans les transactions.
Cette mesure, si elle est nécessaire, ne suffira probablement pas à juguler seule la crise. Elle doit s’inscrire dans une stratégie plus large pour stabiliser les fondamentaux économiques de la région. La question de l’énergie reste la clé de voûte. Sans une alimentation électrique stable et abordable, le secteur productif local restera handicapé, maintenu dans une dépendance coûteuse aux hydrocarbures. Parallèlement, une meilleure gestion des stocks stratégiques pour lisser les effets des périodes de tension, comme l’après-fêtes, pourrait atténuer les pics de prix saisonniers.
L’économie Kisangani est à un carrefour. La flambée actuelle des prix est un symptôme aigu de déséquilibres plus profonds. La réponse des autorités par le contrôle est un pansement urgent sur une plaie béante, mais la guérison durable passera par des investissements structurants dans l’énergie et par une politique monétaire plus stable. Le retour de la confiance des consommateurs et des opérateurs économiques est le seul antidote à long terme contre l’inflation qui ronge le pouvoir d’achat dans la Tshopo. L’enjeu n’est pas seulement économique, il est profondément social et conditionne la stabilité de toute la région.
Article Ecrit par Amissi G
Source: radiookapi.net
