Ce mercredi à Kinshasa, dans l’enceinte du centre de judo du Commissariat général de la Police nationale congolaise, la ministre du Genre, de la Famille et de l’Enfant, Micheline Ombae, a officiellement lancé une enquête nationale ambitieuse. Celle-ci vise à mesurer le degré de connaissance, de compréhension et d’intégration de l’approche genre au sein des ministères sectoriels et des institutions publiques. Un événement qui, sous des apparences techniques, porte en réalité un enjeu politique de taille : évaluer l’effectivité des promesses d’égalité dans les rouages de l’État.
La cérémonie, qui a réuni les partenaires techniques et financiers dont ONU Femmes et le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), s’inscrit dans un contexte où la République démocratique du Congo affiche, sur le papier, un engagement ferme en faveur de la promotion et de la protection des droits des femmes. Pourtant, comme l’a elle-même reconnu la ministre, l’intégration effective du genre dans les politiques et programmes demeure inégale, voire lacunaire. Cette enquête genre RDC se présente donc comme un outil de diagnostic censé établir un état des lieux objectif, identifier les avancées et les défis persistants, et formuler des recommandations pour une meilleure intégration genre administration publique.
Mais au-delà du vernis technique, quelle est la portée réelle de cette initiative ? Le ministère du Genre famille enfant joue ici un rôle clé en pilotant une opération qui pourrait révéler les résistances bureaucratiques à l’œuvre. L’enquête, soutenue par un outil numérique développé en partenariat avec ONU Femmes et accessible via une plateforme dédiée, ambitionne de constituer une base de données institutionnelle. Selon les experts, cet instrument permettra de mesurer le niveau d’appropriation de la dimension genre, mais la question sous-jacente est : les données collectées seront-elles suivies d’actions concrètes ?
Dans son discours, Micheline Ombae a insisté sur la nécessité de renforcer la participation des femmes dans les instances de gouvernance et dans les processus de paix. « Cette enquête constitue un outil d’orientation stratégique pour les réformes à venir », a-t-elle affirmé. Une déclaration qui sonne comme un avertissement à l’adresse des administrations récalcitrantes. Cependant, l’histoire récente des réformes en RDC montre que les bonnes intentions se heurtent souvent à l’inertie des structures et aux jeux de pouvoir.
Parallèlement à l’évaluation institutionnelle, le ministère a annoncé un programme de sensibilisation et de vulgarisation des droits spécifiques des femmes à l’échelle nationale. Ce plan prévoit le renforcement des centres intégrés multisectoriels pour la prise en charge des survivantes de violences basées sur le genre RDC, ainsi que l’opérationnalisation des mécanismes légaux. Une démarche qui, si elle est menée à bien, pourrait transformer le paysage de la protection des femmes. Mais là encore, la collaboration avec les ministères sectoriels et la société civile sera déterminante pour éviter que ces mesures ne restent lettre morte.
L’approche genre Congo telle que promue par cette enquête implique une transformation des pratiques institutionnelles et des modes de planification. La ministre l’a souligné : il ne s’agit pas seulement d’inscrire le genre dans les documents officiels, mais de changer les mentalités et les procédures. Cette ambition est louable, mais elle se heurte à des défis structurels, notamment la faible budgétisation des politiques genre et la persistance de stéréotypes profondément enracinés.
En somme, le lancement de cette enquête nationale est un coup de projecteur bienvenu sur un sujet crucial. Il place le ministère du Genre famille enfant au cœur d’une bataille politique pour l’égalité. Les résultats attendus devraient, en théorie, orienter les réformes futures. Mais dans un système où les rapports s’empilent souvent sans suites tangibles, on peut s’interroger : cette enquête sera-t-elle le catalyseur d’un changement profond ou simplement un nouvel exercice de communication politique ? La réponse dépendra de la volonté réelle des décideurs à traduire les diagnostics en actions.
À l’heure où la RDC cherche à affirmer sa gouvernance sur la scène internationale, l’intégration du genre devient un marqueur de modernité et de respect des droits humains. Le prochain enjeu sera donc la publication et l’exploitation transparente des résultats de l’enquête. Gageons que le gouvernement saura en faire un levier pour une administration publique plus inclusive et équitable, plutôt qu’un simple alibi pour des discours convenus.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd
