Il y a soixante ans, Kinshasa respirait encore. Aujourd’hui, la mégapole de plus de 15 millions d’habitants suffoque sous le poids d’une urbanisation anarchique et d’une crise écologique latente. Comment une ville, qui abritait à peine 400 000 âmes dans les années 60, peut-elle survivre à une telle croissance sans planification? La réponse se dessine peut-être à travers le programme vert Kinshasa baptisé GCIEP, fruit d’une coopération britannique RDC inédite. Lancé officiellement ce lundi, ce projet pilote sonne comme une ultime alarme et une lueur d’espoir pour transformer la capitale en une ville verte Congo.
Imaginez une fourmilière géante, où les déchets s’amoncellent, où les embouteillages paralysent la vie, où les eaux de pluie transforment les artères en fleuves de boue. C’est le quotidien de millions de Kinois. Le GCIEP Kinshasa (Green City Integrated Empowerment Program) ne se contente pas de constats. Il se veut une main tendue, opérationnelle, pour s’attaquer aux racines du mal. Priorités affichées : la gestion des déchets Kinshasa, la mobilité urbaine chaotique et le drainage des eaux pluviales, source d’inondations récurrentes qui empoisonnent la vie des habitants.
Contrairement aux études qui dorment dans les tiroirs, ce programme privilégie les « Quick Wins », des victoires rapides mais durables. L’ambition? Démontrer par l’exemple dans des quartiers ciblés que des solutions existent. « L’idée est de tester, de montrer que cela fonctionne, puis de répliquer », explique un représentant de l’Ambassade britannique. Cette approche pragmatique cherche à instaurer un cercle vertueux : des résultats concrets pourraient rassurer et attirer les investisseurs, essentiels pour une transition à grande échelle.
Mais peut-on verdir une ville en détresse sans une feuille de route solide? Tom Kisenda, coordonnateur de la Cellule de Développement Urbain de Kinshasa (CDUK), insiste sur ce point crucial. « Gérer les déchets, la mobilité et le drainage demande un grand travail en amont. Sans cette planification, on ne saura pas trouver de solutions durables », alerte-t-il. Le succès de cette coopération britannique RDC repose sur cette alliance entre l’urgence d’agir et la nécessité de bien construire les fondations. Il s’agit de soigner les symptômes – les montagnes d’ordures, les routes impraticables – tout en traitant la maladie : une urbanisation non maîtrisée et un manque criant d’infrastructures.
La forêt de béton kinoise a englouti les espaces verts, asphyxié les sols et rompu l’équilibre hydrique. Les conséquences sont sous nos yeux : une pollution visuelle et olfactive omniprésente, un temps de trajet interminable qui grève l’économie et la santé, et des inondations meurtrières à chaque saison des pluies. Le programme vert Kinshasa représente donc bien plus qu’un simple projet d’assainissement. C’est un pari sur l’avenir, une tentative de réconcilier la ville avec son environnement, de lui redonner un poumon.
L’enjeu dépasse largement le cadre technique. Il est social, économique et humain. Une ville verte Congo est une ville où la qualité de vie s’améliore, où les maladies hydriques reculent, où le temps gagné dans les transports se transforme en opportunités. Le modèle, s’il fait ses preuves dans les quartiers pilotes, a vocation à essaimer dans toute la capitale et pourquoi pas, à servir d’exemple pour d’autres agglomérations congolaises confrontées aux mêmes défis.
Le partenariat entre Kinshasa et le Royaume-Uni marque ainsi un tournant. Il pose une question fondamentale : sommes-nous prêts à saisir cette main tendue pour opérer la mue nécessaire? Le GCIEP Kinshasa n’est pas une baguette magique, mais un catalyseur. Son succès dépendra de l’appropriation réelle par les autorités locales et les citoyens. La capitale, au bord de l’étouffement, n’a plus le luxe du temps. Chaque déchet non collecté, chaque embouteillage, chaque inondation est un rappel cruel de l’urgence d’agir. L’espoir d’une Kinshasa résiliente et verte est désormais un projet en marche. Reste à lui donner la force et la constance pour qu’il passe du stade de pilote à celui de nouvelle réalité pour tous les Kinois.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
