Une vie fauchée par la fureur des éléments. La République Démocratique du Congo pleure aujourd’hui l’une des gardiennes de sa biodiversité, emportée dans une tragédie qui dépasse le simple fait divers météorologique. La mort de mademoiselle Natembo Kizungu Noella, agente du Parc national des Virunga, sonne comme un coup de semonce glaçant. Elle est décédée, victime des dérèglements climatiques ayant provoqué la crue meurtrière de la rivière Talihya, laquelle a submergé le secteur Nord de l’aire protégée à Mutshora. Cette perte humaine jette une lumière crue sur la vulnérabilité accrue de nos écosystèmes et de ceux qui les protègent face à la crise environnementale.
Le drame s’est noué le 22 février, aux alentours de 16 heures. Dans le massif du Rwenzori, des inondations Nord-Kivu d’une violence rare se sont abattues. Les cieux se sont ouverts, déversant des trombes d’eau sur les montagnes. Cette précipitation extrême, signature indéniable du bouleversement du climat, a eu un effet dévastateur : la rivière Taliha, habituellement contenue, a violemment rompu ses berges. Transformée en un torrent déchaîné, charriant une soupe mortelle de boue et de pierres, elle a déferlé sans pitié sur le quartier général du secteur nord du parc à Mutsora.
Le siège de l’ICCN dans la localité de Mutwanga n’a pu résister à l’assaut. Les eaux en furie ont tout balayé sur leur passage, causant d’immenses dégâts matériels. Mais au-delà des infrastructures détruites, le bilan le plus lourd est humain. Comment en sommes-nous arrivés là ? Comment une rivière peut-elle se transformer si soudainement en un outil de destruction fatale ? La réponse se niche dans l’imbrication de deux crises : la crise climatique globale et la crise locale de la déforestation. Les pluies extrêmes, plus fréquentes et plus intenses, rencontrent un terrain rendu vulnérable par la perte de couvert forestier.
Le déboisement, ce fléau qui ronge les pentes du Rwenzori, joue un rôle amplificateur catastrophique. Sans les racines des arbres pour retenir les sols et réguler l’écoulement de l’eau, les précipitations ruissellent à grande vitesse, gonflant instantanément les cours d’eau comme la Talihya. La crue rivière Talihya de dimanche dernier n’est pas un accident isolé. Elle s’inscrit dans une série noire d’événements extrêmes qui frappent la région, rendant les habitations vulnérables, dévastant les cultures vivrières et coupant les axes de communication. La nature, trop longtemps malmenée, semble rendre coup pour coup.
Face à ce cataclysme, les équipes de l’ICCN sont sur le pied de guerre. Mobilisées pour évaluer l’ampleur des dégâts et sécuriser les installations endommagées, elles font aussi le deuil d’une collègue. La direction du parc a présenté ses condoléances attristées à la famille endeuillée et à tout le personnel ébranlé par cette perte. Ce décès agent parc Virunga est un rappel douloureux que les « écogardes » sont en première ligne d’une guerre bien réelle, non seulement contre le braconnage, mais aussi contre les conséquences directes du changement climatique.
Alors que le Parc national des Virunga, joyau de biodiversité, lutte pour sa survie face à de multiples pressions, cette tragédie humaine ajoute une couche de gravité à sa situation. Protéger ces sanctuaires n’est plus seulement une question de conservation animale ; c’est une question de sécurité humaine et de résilience climatique régionale. Les forêts du Congo sont les poumons de l’Afrique, mais elles sont aussi ses éponges naturelles. Lorsqu’elles sont affaiblies, c’est tout l’équilibre hydrologique qui vacille, avec des conséquences dramatiques pour les populations riveraines.
La mort de Noella Natembo Kizungu ne doit pas être une statistique oubliée. Elle doit servir de signal d’alarme ultime. Il est urgent de renforcer les mesures d’adaptation climatique autour des aires protégées, de lutter avec une fermeté accrue contre le déboisement et d’investir dans des systèmes d’alerte précoce efficaces. La solidarité avec la famille et les collègues de la défunte est essentielle, mais la meilleure façon de lui rendre hommage est d’agir pour que de tels drames ne se reproduisent plus. Le temps n’est plus aux constats, mais à l’action protectrice et préventive. La stabilité de notre environnement et la sécurité de nos concitoyens en dépendent.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: Actualite.cd
