Face à une flambée de choléra qui menace la santé publique, la prison centrale de Makala à Kinshasa vient de recevoir un renfort crucial. L’Institut National de Santé Publique (INSP), bras technique du ministère de la Santé, a procédé à la remise urgente de kits sanitaires complets. Cette action ciblée, composée de médicaments et d’intrants essentiels, vise à renforcer d’urgence la prise en charge des malades et à consolider la barrière préventive au sein de cet établissement pénitentiaire, souvent confronté à des défis sanitaires majeurs.
Cette distribution s’est inscrite dans le cadre d’une séance de travail stratégique, réunissant les acteurs clés de la riposte. Autour de la table, le Directeur Général de l’INSP, Dieudonné Mwamba, le directeur de la prison centrale de Makala, le responsable du Programme Choléra et l’Incident Manager du Système de Gestion de l’Incident (SGI) Choléra ont fait le point sur l’évolution alarmante de la situation. L’objectif ? Évaluer les besoins logistiques immédiats et surmonter les défis opérationnels pour une réponse coordonnée et efficace.
Dans son intervention, le DG de l’INSP, Dieudonné Mwamba, a réitéré l’engagement total de son institution aux côtés de la population carcérale. « Notre priorité est la maîtrise rapide de cette épidémie de choléra », a-t-il déclaré, assurant que les plaidoyers formulés par l’administration pénitentiaire seraient pris en compte. Un message de soutien qui a été salué par le directeur de la prison de Makala, y voyant « un signal fort de l’engagement des autorités sanitaires nationales » envers une population souvent oubliée.
Mais pourquoi une telle urgence à Makala ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Selon les dernières données de l’Institut National de Santé Publique, la prison compte à ce jour 130 malades de choléra pris en charge et isolés au Pavillon 11B. Ces patients sont traités selon les plans A, B et C, des protocoles nationaux qui adaptent l’intensité des soins à la gravité des cas, allant de la simple réhydratation orale à la perfusion intraveineuse pour les cas les plus sévères.
Le choléra, cette infection intestinale aiguë due à une bactérie, se propage comme une traînée de poudre dans les environnements où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement est limité. En milieu carcéral, caractérisé par la surpopulation et parfois des conditions d’hygiène précaires, le risque d’épidémie explosive est réel. La maladie peut provoquer une diarrhée aqueuse aiguë et des vomissements, entraînant une déshydratation sévère et, sans traitement rapide, la mort en quelques heures. Comment, dans un tel contexte, briser la chaîne de transmission ?
La réponse réside justement dans des interventions comme celle de l’INSP. Les kits distribués sont une véritable trousse de secours contenant des sels de réhydratation orale (SRO), des antibiotiques pour les cas modérés à sévères, du chlore pour le traitement de l’eau, et du savon pour l’hygiène des mains. Ces intrants sont les piliers de la lutte, permettant à la fois de soigner et de prévenir. Il s’agit d’une course contre la montre pour éviter que le foyer de la prison de Makala ne devienne un amplificateur de l’épidémie de choléra à Kinshasa, menaçant la communauté environnante.
Cette action ciblée sur la prison de Makala illustre les défis complexes de la santé publique en RDC. Elle démontre la nécessité d’une surveillance épidémiologique renforcée dans les lieux de détention et d’une allocation rapide de ressources. La prévention passe par un accès garanti à l’eau chlorée, des latrines fonctionnelles et une sensibilisation accrue des détenus et du personnel au lavage des mains. Sans ces mesures, les kits, aussi essentiels soient-ils, ne seront qu’une solution temporaire à un problème structurel.
En conclusion, la mobilisation de l’INSP à la prison centrale de Makala est une étape cruciale, mais elle ne doit pas être isolée. Le contrôle durable du choléra en RDC, et particulièrement dans ses prisons, requiert un investissement soutenu dans les infrastructures d’eau et d’assainissement. Pour les 130 détenus actuellement sous traitement et pour prévenir de nouvelles vagues, chaque kit sanitaire compte, chaque geste d’hygiène est une barrière. La vigilance reste de mise, car dans la lutte contre les maladies hydriques, la prévention est toujours le meilleur et le premier des traitements.
Article Ecrit par Amissi G
Source: Actualite.cd
