La ville de Matadi, poumon économique du Kongo Central, suffoque sous le poids de ses propres déchets. Chaque jour, des montagnes d’immondices envahissent les rues, obstruent les caniveaux et menacent la santé de milliers de citoyens. Une urgence sanitaire et écologique que plus personne ne peut ignorer, tant les conséquences se font sentir à chaque averse. Mais face à ce désastre, une lueur d’espoir émerge : la jeunesse.
Samedi 21 février, une armée de jeunes bénévoles, membres de la communauté U-Report et encadrés par l’UNICEF, a déclaré la guerre à l’insalubrité. Baptisée « U-Action », cette opération coup de poing a ciblé les communes de Nzanza et Mvuzi, en particulier l’axe stratégique entre la bifurcation Kiamvu et le rond-point Nzanza, près de l’école Mas Le Savant. Un secteur symbolique, où les déchets s’accumulent depuis des mois, transformant les artères de la ville en véritables dépotoirs à ciel ouvert. Ce nettoyage Matadi, mené par ces jeunes U-Report UNICEF, marque un tournant dans la lutte pour la salubrité au Kongo Central.
Pourquoi cet engagement soudain ? Les organisateurs tirent la sonnette d’alarme : l’obstruction chronique des caniveaux par les ordures empêche l’écoulement des eaux pluviales. Résultat : à la moindre pluie, les rues se transforment en torrents boueux, charriant bactéries et détritus, tandis que les risques de maladies hydriques explosent. Paludisme, choléra, infections cutanées… la liste des menaces est longue. « Nous ne pouvons plus rester les bras croisés », lancent ces jeunes, déterminés à briser le cycle de la négligence. L’opération U-Action vise ainsi à préserver la santé publique des habitants, améliorer l’état de la voirie et sensibiliser la communauté à une gestion responsable des déchets.
Armés de pelles, de râteaux et de sacs poubelles, les U-Reporters ont donc procédé à un nettoyage en profondeur de Matadi. Leur mission : dégager les voies d’évacuation d’eau, évacuer les amas de déchets et éduquer les riverains. Un travail de titan, réalisé bénévolement, pour redonner à la ville son visage propre. « Cette opération n’est qu’un début », assure Fortunat Lumbu, team leader de la communauté U-Report Matadi. D’autres descentes sont déjà prévues dans différents quartiers de la ville, siège des institutions provinciales du Kongo Central. L’objectif ? Faire de Matadi un modèle de salubrité et de durabilité.
Derrière cette mobilisation se cache une volonté de s’aligner sur les Objectifs de développement durable (ODD). Promouvoir un environnement sain, assurer l’accès à l’eau salubre et à l’assainissement, lutter contre les changements climatiques… autant de défis que l’opération U-Action contribue à relever. Car les déchets à Matadi ne sont pas qu’un problème esthétique ; ils asphyxient les écosystèmes locaux, contaminent les sols et les nappes phréatiques, et participent au réchauffement climatique par la décomposition des matières organiques. La jeunesse congolaise, souvent pointée du doigt pour son inertie, montre ici qu’elle peut être un acteur clé du changement écologique.
Mais la question reste entière : pourquoi en est-on arrivé là ? La gestion des déchets à Matadi, comme dans beaucoup de villes congolaises, souffre d’un manque criant d’infrastructures et de sensibilisation. Les dépotoirs sauvages se multiplient, faute de collecte régulière, et la population, souvent livrée à elle-même, ignore les bons gestes. L’action des jeunes U-Report UNICEF est donc une piqûre de rappel salutaire. Elle montre que la salubrité au Kongo Central est l’affaire de tous : autorités, société civile, et surtout, citoyens. Comment espérer un avenir durable si nos villes sont ensevelies sous les immondices ?
Alors, que faire pour que Matadi ne retombe pas dans l’insalubrité ? L’opération U-Action doit servir de catalyseur. Il urge de mettre en place des systèmes de collecte efficaces, de recycler les déchets valorisables, et d’éduquer dès le plus jeune âge. Les U-Reporters, par leur énergie contagieuse, ouvrent la voie. Mais sans un engagement politique fort et une mobilisation collective, leurs efforts risquent d’être vains. La ville de Matadi mérite mieux que des paysages souillés et des caniveaux bouchés. Elle mérite un cadre de vie propre, sain et durable, où chaque habitant peut respirer sans crainte.
En conclusion, le nettoyage Matadi orchestré par les jeunes U-Report UNICEF n’est pas un simple coup d’épée dans l’eau. C’est un signal fort, une démonstration de courage civique qui doit inspirer toute la nation. L’opération U-Action, si elle se pérennise, pourrait bien devenir le fer de lance d’une véritable révolution écologique au Kongo Central. Car protéger l’environnement, c’est protéger la vie. Et à Matadi, la vie reprend ses droits, un sac poubelle à la fois. La bataille contre les déchets est loin d’être gagnée, mais avec des initiatives comme U-Action, l’espoir renaît.
Article Ecrit par Miché Mikito
Source: radiookapi.net
