Le lancement officiel du Fonds de cohérence pour soutenir le retour des déplacés et la stabilisation des zones en conflit en Ituri marque un effort financier conséquent en faveur de la paix dans cette province meurtrie. Une enveloppe de 3 160 000 dollars américains a été débloquée, avec pour objectif principal d’appuyer le retour des populations déplacées dans les territoires de Djugu, Irumu et Mahagi. Cette initiative vise également à soutenir la réinsertion socio-économique des ex-miliciens démobilisés, un pilier essentiel du Programme de désarmement, démobilisation, relèvement communautaire et stabilisation (PDDRC-S).
L’événement de lancement, tenu ce lundi à Bunia, a rassemblé des représentants de l’État congolais et des Nations Unies, soulignant le caractère prioritaire de cette intervention. Le projet est exécuté par un consortium d’agences onusiennes, dont le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) qui en assure le leadership, aux côtés de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), d’ONU Femmes, du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) et du Bureau conjoint des Nations Unies aux droits de l’homme (BCNUDH).
Mais comment transformer cette manne financière en paix tangible sur le terrain ? La réponse réside dans une approche multidimensionnelle. Axel Kotoga, responsable du bureau du PNUD à Bunia, a précisé la philosophie d’action. « Il s’agit avant tout de travailler aux côtés des autorités provinciales pour appuyer les efforts déjà engagés », a-t-il déclaré. La collaboration avec toutes les parties prenantes est présentée comme la clé pour favoriser le retour de la sécurité dans des zones encore instables, où des milliers de familles vivent dans la crainte et l’exil.
Le projet prévoit un éventail d’activités destinées à créer les conditions propices au retour volontaire, sécurisé et digne des déplacés. La stabilisation de l’Ituri passe nécessairement par la réintégration des anciens combattants. « Enfin, il faudra promouvoir un climat de cohabitation et de cohésion sociale entre les communautés d’accueil, tout en apportant un soutien aux anciens combattants des groupes armés pour leur réintégration dans leurs milieux d’origine », a expliqué Axel Kotoga. Cette double approche – soutien aux déplacés et réinsertion des ex-miliciens – est considérée comme indissociable pour briser le cycle de la violence.
Ce fonds s’inscrit dans un contexte plus large de transition sécuritaire, accompagnant le processus de retrait progressif de la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo (MONUSCO). Le succès de cette transition dépend en grande partie de la capacité des institutions congolaises et des partenaires à consolider la paix dans des provinces comme l’Ituri. L’appui au PDDRC-S est donc un maillon stratégique pour assurer que le départ de la MONUSCO ne crée pas un vide sécuritaire.
Les résultats escomptés de cette injection de fonds pourraient-ils marquer un tournant décisif ? Certains observateurs l’espèrent, estimant que le projet, s’il est bien mis en œuvre, permettra non seulement de faciliter le retour des déplacés mais aussi de jeter les bases d’une paix plus résiliente. La stabilisation de l’Ituri nécessite des interventions qui adressent à la fois les symptômes et les causes profondes des conflits, incluant l’accès aux moyens de subsistance, la justice transitionnelle et la réconciliation intercommunautaire.
Toutefois, le défi est de taille. La région ciblée reste en proie à l’activisme de plusieurs groupes armés qui sèment la terreur et entravent tout mouvement de population. La sécurisation effective des axes et des villages est un préalable sans lequel le retour des déplacés restera un vœu pieux. La réinsertion des ex-miliciens, quant à elle, doit offrir des alternatives crédibles à la vie dans les maquis, sous peine de voir les rechutes se multiplier.
L’annonce de ce fonds de 3,16 millions USD est donc un signal positif, un investissement concret dans l’avenir de l’Ituri. Son efficacité se mesurera à l’aune des prochains mois, à la capacité des déplacés à rentrer chez eux en sécurité et à celle des ex-combattants à retrouver une place dans la société. La route vers la paix totale est encore longue, mais chaque étape, chaque programme comme celui-ci, constitue une pierre ajoutée à l’édifice fragile de la stabilisation en République démocratique du Congo.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
