La région de Masisi, dans le Nord-Kivu, est à nouveau plongée dans un cycle de violence intense. Depuis le lundi 23 février, plusieurs villages sont tombés sous le contrôle de combattants Wazalendo, alors que des affrontements quasi ininterrompus les opposent aux rebelles de l’AFC-M23. Cette escalade ouvre un nouveau chapitre inquiétant dans le conflit armé qui ravage l’est de la République démocratique du Congo.
Les lignes de front se sont activées sur plusieurs axes stratégiques. Des combats d’une rare intensité ont été signalés autour du village de Kazinga, dans le groupement Nyamaboko, ainsi qu’à proximité de la cité minière de Rubaya, précisément dans le groupement Kibabi. Les localités de Kaniro et Lukofu sont également devenues le théâtre d’échanges de tirs nourris. Toute la journée de mardi, les détonations d’armes lourdes ont retenti, créant un climat de terreur permanent pour les populations civiles prises au piège.
Une nouvelle dimension aérienne est venue ajouter à la complexité et à la dangerosité de la situation. Selon des sources locales et des informations relayées par un cadre de l’AFC-M23 sur le réseau social X, une position stratégique des rebelles a été la cible d’une attaque aérienne aux alentours de trois heures du matin. Des drones militaires auraient lancé des frappes, provoquant un incendie visible de loin. Des témoins sur place affirment qu’une épaisse fumée noire s’élevait encore en matinée d’une ferme située sur une colline dominant Rubaya. Cet incident soulève de nombreuses questions : qui est à l’origine de ces frappes ? Quel est leur impact réel sur la dynamique du conflit ?
La conséquence immédiate et tragique de ces combats à Masisi est un déplacement massif de populations. Les entités coutumières de Nyamaboko et Buabo se vident progressivement de leurs habitants, contraints à l’exode pour sauver leur vie. Un flot continu de déplacés de guerre fuit vers des zones perçues comme plus sûres. Beaucoup se dirigent vers Rubaya-centre ou tentent de gagner Ngungu. Certains, poussés par une panique compréhensible, ont déjà parcouru la distance jusqu’aux agglomérations de Sake et de Goma, alourdissant le fardeau humanitaire de ces centres urbains déjà saturés.
La présence d’agents humanitaires parmi les déplacés illustre la gravité de la situation sécuritaire. Si même ceux qui sont censés porter secours doivent fuir, quel espoir reste-t-il pour les civils les plus vulnérables ? Cette nouvelle vague de violence compromet sérieusement l’accès aux populations et la distribution de l’aide essentielle dans une région déjà extrêmement fragilisée par des décennies de conflits.
Les affrontements Nord-Kivu, et plus spécifiquement les combats Masisi, s’inscrivent dans une logique de confrontation plus large. La coalition des Wazalendo, qui s’est formée en réponse à l’avancée de l’AFC-M23, tente de reprendre du terrain. Cependant, cette stratégie se traduit par une intensification des combats sur le sol congolais, avec les civils pour principales victimes. La bataille pour le contrôle des axes et des localités stratégiques, comme Rubaya et ses environs riches en ressources, alimente un cycle de violence sans fin.
Alors que la fumée des combats obscurcit le ciel du Kivu, l’ombre de la crise humanitaire s’étend un peu plus. Les déplacés de guerre affluent, les besoins en nourriture, abri et soins médicaux explosent, et les perspectives de retour rapide s’amenuisent. Cette spirale infernale du conflit armé en RDC montre une fois de plus sa capacité à réduire à néant des années de relative accalmie et de efforts de reconstruction. La communauté internationale observe-t-elle, impuissante, la répétition d’un scénario tragiquement familier ? La réponse à cette question rhétorique se dessine dans le paysage dévasté des collines de Masisi et dans les camps de fortune qui accueillent ses habitants traumatisés.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
