Le village de Nkokwe, en chefferie des Bahunde, territoire de Masisi au Nord-Kivu, a été le théâtre d’une nuit de terreur. Dans la nuit de dimanche à lundi, des hommes armés non identifiés ont lâchement attaqué cette communauté paisible. Au moins dix-neuf ménages ont été systématiquement cambriolés, leurs biens pillés, laissant derrière eux un profond sentiment d’insécurité et de désolation. Les coups de feu, tirés à l’aide d’armes légères, ont résonné dans l’obscurité, semant la panique bien au-delà de Nkokwe, jusqu’à l’agglomération voisine de Shasha.
Selon plusieurs sources locales jointes par notre rédaction, les assaillants ont opéré avec une méthode implacable. Ils ont fait irruption dans les habitations, forçant les portes et soumettant les habitants à leur loi. Si certains occupants n’ont subi que des blessures légères, le traumatisme psychologique, lui, est profond. Des objets de valeur, des économies patiemment constituées et des moyens de subsistance ont été emportés par ces groupes criminels, plongeant des familles entières dans une précarité immédiate.
La temporalité de cette attaque interroge et inquiète. Cet incident survient en effet au lendemain d’une distribution d’assistance en espèces organisée à Kituva par l’Église du Christ au Congo (ECC), au profit des personnes vulnérables de la zone. Cette coïncidence troublante laisse planer le doute sur une possible préméditation, les auteurs des faits ayant potentiellement ciblé des bénéficiaires de cette aide humanitaire. Jusqu’où ira la spirale de violence dans cette région meurtrie ?
Ce nouveau drame s’inscrit dans un contexte sécuritaire déjà extrêmement dégradé pour le territoire de Masisi et le Nord-Kivu dans son ensemble. En janvier dernier, les taximen moto desservant l’axe stratégique Goma–Masisi–Walikale avaient déjà tiré la sonnette d’alarme. Ils dénonçaient des pillages répétés et la multiplication inquiétante de barrières illégales érigées par des hommes armés le long de cette route de survie économique. Leur porte-parole, Lucien Amani Bitaha, avait alors lancé un appel pressant à l’État, réclamant une intervention urgente pour mettre fin à ces exactions quotidiennes.
La géographie du conflit complique singulièrement la réponse sécuritaire. Ce segment routier critique se trouve dans une zone tampon hautement instable. D’un côté, une partie du territoire de Walikale est théoriquement sous le contrôle des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC) et des groupes d’autodéfense locaux, les Wazalendo. De l’autre, une portion de Walikale et de Masisi reste sous l’occupation des rebelles du M23. Cette ligne de fracture crée un no man’s land propice aux activités des bandes armées non identifiées, qui profitent du vide sécuritaire pour terroriser les populations civiles.
Les habitants de Nkokwe et des villages alentour se retrouvent ainsi pris en tenaille, victimes collatérales d’un conflit plus large et de l’émergence d’une criminalité organisée locale. L’attaque de ce lundi illustre avec une cruelle clarté la vulnérabilité des civils en dehors des centres urbains. L’absence d’une force de l’ordre permanente et dissuasive dans ces zones rurales du Nord-Kivu laisse le champ libre à tous les abus.
Face à cette recrudescence de l’insécurité, les appels se multiplient pour une réaction forte des autorités provinciales et nationales. La sécurisation des axes de circulation et des villages reculés est devenue une urgence absolue. Sans elle, toute initiative de développement ou d’assistance humanitaire risque d’être réduite à néant, ses bénéfices immédiatement pillés par des groupes prédateurs. La communauté internationale, fortement impliquée dans la région, est également interpellée pour soutenir les efforts de stabilisation.
L’incident de Nkokwe n’est malheureusement pas un cas isolé. Il s’agit d’un symptôme de la déliquescence plus générale de l’autorité de l’État dans certaines parties de l’Est de la République Démocratique du Congo. Tant que la réponse ne sera pas à la hauteur des enjeux, intégrant sécurité militaire, présence policière et justice, les villages comme Nkokwe resteront à la merci du prochain assaut. La population du territoire de Masisi, épuisée par des années de conflits, mérite mieux que cette existence rythmée par la peur et la précarité. Le temps n’est plus aux dénonciations stériles mais à l’action concrète et coordonnée.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
