Dans l’ombre des projecteurs, une langue s’éveille, silencieuse et pourtant éloquente. Les mains dansent, les visages s’animent, et sur la scène congolaise, une révolution culturelle prend forme, portée par des artistes sourds RDC qui réclament leur place. Au cœur de cette mue, Siméon Salumu, menuisier devenu comédien, trace un chemin où la surdité n’est plus un handicap mais une voix, un récit corporel qui interroge et enchante.
Devenu sourd à l’âge de trois ans, Siméon Salumu a transformé l’épreuve en un engagement artistique profond. Sa trajectoire, unique, est celle d’un artisan qui a troqué le bois pour les planches, devenant l’un des pionniers du théâtre langue des signes Congo. Aujourd’hui coordonnateur adjoint du Centre de production des programmes et supports de sensibilisation des Sourds (CPPS) et directeur artistique adjoint de la compagnie Mabin’a Maboko, il incarne cette génération qui refuse l’invisibilité. « Mon premier métier est celui de menuisier. Par la suite, j’ai appris le théâtre et je suis aujourd’hui artiste comédien », confie-t-il, évoquant un parcours où la création s’est imposée comme une nécessité vitale.
Son art se décline en deux mouvements inséparables : le théâtre classique et le théâtre de sensibilisation. Le premier brise les barrières de l’accès, offrant aux spectateurs sourds des œuvres enfin accessibles dans les lieux emblématiques de Kinshasa. Le second devient un outil de plaidoyer, une manière de dire l’indicible. « Qui mieux que nous, personnes sourdes, peut sensibiliser les autres sourds, les autorités et la population sur nos droits ? », interroge-t-il avec une conviction tranquille. À travers ses performances, il restitue les moqueries de la rue, l’angoisse d’une consultation médicale sans interprète – des réalités que seul un corps ayant vécu l’exclusion peut traduire avec une telle justesse.
Au CPPS, Salumu œuvre à briser les obstacles de communication entre sourds et entendants, tout en valorisant les artistes en situation de handicap. Les défis, pourtant, persistent : préjugés tenaces, méfiance de certains promoteurs, inégalités de cachets. « Le principal défi demeure financier », reconnaît-il, sans amertume mais avec lucidité. Pourtant, chaque spectacle est une victoire, une preuve que le talent transcende les limites perçues.
La question de l’inclusion culturelle handicap est au centre de son combat. Comment créer une synergie véritable entre artistes sourds et entendants ? Depuis 2009, la compagnie Mabin’a Maboko en offre un modèle vivant : sur scène, chacun s’exprime dans sa langue, dans un respect mutuel qui abolit les hiérarchies. « Notre fondateur, Freddy Mata, nous a inculqué l’égalité de traitement. La discrimination n’a pas sa place ici », affirme Salumu. Cette philosophie a permis des collaborations fructueuses avec des figures du théâtre congolais et international, prouvant que l’art peut être ce pont fragile et solide à la fois.
L’évolution de la place des personnes sourdes dans le paysage culturel congolais est lente, mais réelle. La RDC compte parmi les pionniers du continent en la matière, et des talents émergent. Mais les opportunités manquent, et Salumu le déplore : « Il faut davantage de formations et de perspectives pour assurer la relève. » Son message aux jeunes artistes en situation de handicap est un appel à la persévérance : « Ne perdez pas espoir. Formez-vous, aimez votre art et restez disciplinés. »
Dans l’atelier du sensible qu’il dirige, chaque geste est une parole, chaque silence une mélodie. Siméon Salumu, par son Siméon Salumu interview, nous invite à repenser l’accessibilité non comme une concession, mais comme un enrichissement. Son théâtre, à la fois miroir et fenêtre, offre à la société congolaise une chance de se voir autrement – plus inclusive, plus vibrante, plus humaine. L’art, ici, n’est pas un divertissement : il est un acte de résistance et de célébration, où la surdité raconte enfin sa propre histoire, avec une grâce qui ne demande qu’à être entendue.
Article Ecrit par Yvan Ilunga
Source: Eventsrdc
