À travers une série d’ordonnances présidentielles dévoilées ce lundi, le chef de l’État opère un remaniement significatif aux commandes d’entités stratégiques du Portefeuille. Ces nominations entreprises publiques RDC, qui touchent des secteurs aussi sensibles que l’aviation, l’énergie et les mines, s’apparentent à un redéploiement de pions sur l’échiquier économique national. Quel signal politique le pouvoir entend-il ainsi envoyer, à quelques mois d’échéances cruciales pour la stabilisation macroéconomique du pays ?
La Régie des voies aériennes (RVA) connaît un changement dans sa direction opérationnelle, avec la nomination de Blaise Londole au poste de RVA directeur général, secondé par Vincent Futa. Cette décision intervient dans le sillage des dysfonctionnements pointés du doigt à l’aéroport international de N’djili, ayant conduit à la suspension du précédent mandataire. La reconduction de Tryphon Kinkey Mulumba à la présidence du conseil d’administration suggère une volonté d’allier continuité dans la gouvernance et renouveau dans la gestion quotidienne. Le pari est audacieux : restaurer la crédibilité d’une infrastructure aéroportuaire vitale pour l’image et l’économie du pays.
Dans le secteur de l’électricité, l’Autorité de régulation (ARE) se voit dotée d’une nouvelle équipe dirigeante. La nomination de Jean-Marie Beya comme ARE président conseil administration place un regard expérimenté à la tête de l’organe de surveillance d’un secteur en pleine mutation. Soraya Aziz, promue directrice générale, et Marco Nkuyu, son adjoint, auront la lourde tâche d’accompagner la libéralisation du marché et d’assurer un équilibre délicat entre attractivité des investisseurs et accès à l’énergie pour les populations. Cette équipe parviendra-t-elle à imposer une régulation robuste dans un environnement historiquement marqué par les défis ?
Le cœur minier du pays, la Gécamines, n’échappe pas à ce mouvement. Les récentes GECAMINES nominations voient Baraka Kabemba accéder au poste de directeur général, tandis que Deogratias Ngele Masudi endosse le rôle de président du conseil d’administration. Ces changements à la tête du géant étatique du cuivre et du cobalt surviennent dans un contexte international de volatilité des cours et de pression accrue sur les chaînes d’approvisionnement responsables. La mission est claire : optimiser la rentabilité de la société pour l’État actionnaire tout en naviguant avec succès dans les eaux troubles de la géopolitique des minerais stratégiques. L’efficacité de cette nouvelle gouvernance sera scrutée à la loupe, tant les enjeux financiers et symboliques sont colossaux.
Enfin, la Société minière de Kilo-Moto (SOKIMO) fait l’objet d’une refonte complète de son comité de direction. La mise en place d’un SOKIMO nouveau comité de gestion, avec à sa tête François Kakese Kimaza comme président, et Yanick Nzonde Mulundu comme directeur général, marque une volonté de repartir sur des bases nouvelles pour cette entreprise au potentiel aurifère immense. Cette nomination d’un proche collaborateur du cabinet présidentiel à la présidence du conseil interroge sur la ligne de démarcation entre logique administrative et pilotage politique des actifs nationaux. S’agit-il d’une mainmise accrue de l’exécutif ou d’un simple gage de diligence dans la mise en œuvre des réformes ?
Ces mouvements d’ampleur dans le parapublic congolais ne sont pas anodins. Ils s’inscrivent dans une séquence politique où la performance des entreprises d’État est régulièrement questionnée, tant sur le plan de leur contribution aux finances publiques que de leur efficacité opérationnelle. Le président joue gros avec cette réorganisation, dont le succès ou l’échec sera mesuré à l’aune des résultats concrets : ponctualité des vols, stabilité du réseau électrique, dividendes miniers versés à l’État. Ces nominations sont-elles le prélude à une cure d’amaigrissement et de rationalisation longtemps promise au secteur des entreprises publiques, ou simplement un réagencement d’acteurs dans un jeu aux règles inchangées ?
La balle est désormais dans le camp des nouveaux mandataires. Leurs premiers gestes, les orientations qu’ils impulseront et les résultats qu’ils parviendront à obtenir dans les prochains mois seront déterminants. Ils devront faire la preuve que ces changements à la tête de la RVA, de l’ARE, de la Gécamines et de la SOKIMO relèvent bien d’une stratégie cohérente de valorisation du patrimoine de l’État et non d’un simple jeu de chaises musicales aux relents politiciennes. L’avenir économique de la RDC, en quête de souveraineté et de croissance inclusive, se joue aussi dans les conseils d’administration de ces sociétés stratégiques.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
