Le paysage des entreprises publiques en République Démocratique du Congo vient de connaître un important remaniement, à la faveur d’une série d’ordonnances présidentielles lues sur la télévision nationale. Ce vaste mouvement de nominations, touchant des secteurs clés comme l’aviation, l’énergie et les mines, dessine une nouvelle cartographie du pouvoir économique et interroge sur la stratégie réelle du pouvoir exécutif. Est-ce le prélude à une réforme en profondeur ou simplement un rééquilibrage des influences au sein de l’appareil d’État ?
À la Régie des voies aériennes (RVA), c’est un changement de garde notable qui s’opère. Blaise Londole accède au poste de directeur général, succédant ainsi à Ngoma Mbaki, dont la suspension faisait suite à des dysfonctionnements à l’aéroport de N’djili. Vincent Futa est nommé à ses côtés comme directeur général adjoint. Dans le même temps, Tryphon Kinkey Mulumba est reconduit à la présidence du Conseil d’administration. Cette nomination du RVA nouveau directeur général et la consolidation de son PCA visent-elles à restaurer la crédibilité et l’efficacité d’une institution cruciale pour la connectivité du pays et son image internationale ?
Le secteur de l’électricité n’est pas en reste. L’Autorité de régulation (ARE) voit l’arrivée de Jean-Marie Beya à la tête de son Conseil d’administration, tandis que Soraya Aziz et Marco Nkuyu prennent respectivement les rênes de la direction générale et de son adjoint. Ces nominations entreprises publiques RDC dans un domaine aussi stratégique que l’énergie soulèvent des attentes immenses dans un pays où l’accès à l’électricité reste un défi majeur. La nouvelle équipe parviendra-t-elle à impulser une dynamique régulatrice capable d’attirer les investisseurs et d’améliorer le service aux citoyens ?
C’est toutefois dans le secteur minier, poumon économique de la nation, que les décisions attirent le plus l’attention. La Gécamines, joyau souvent controversé du Portefeuille de l’État, change de pilote. Baraka Kabemba devient directeur général, et c’est Deogratias Ngele Masudi qui endosse le rôle de Gécamines président conseil administration. Confier la barre de cette entreprise à de nouveaux mandataires représente un pari risqué, tant les enjeux de gouvernance, de transparence et de rentabilité sont colossaux. Leur mission sera de redorer un blason terni et de maximiser la contribution de la société aux finances publiques, dans un contexte de volatilité des cours mondiaux.
Enfin, une autre ordonnance présidentielle nominations concerne la Société minière de Kilomoto (SOKIMO SA). Un Sokimo nouveau comité de gestion est mis en place, avec à sa tête François Kakese Kimaza, ancien cadre du cabinet du Chef de l’État, promu président du Conseil d’administration. Yanick Nzonde Mulundu et Placide Nkala Basadilwa complètent la triade aux postes de directeur général et directeur général adjoint. Cette reprise en main directe d’une entreprise publique opérant dans l’or traduit-elle une volonté de mieux contrôler les ressources artisanales et semi-industrielles, souvent source de conflits et de fuites fiscales ?
Derrière cette frénésie de signatures présidentielles, quelle logique politique se dessine ? Le Président de la République joue manifestement gros avec cette redistribution des cartes. D’un côté, ces mouvements peuvent être interprétés comme une tentative d’imposer une nouvelle génération de gestionnaires, peut-être plus technocrates, pour relever le défi de la performance des entreprises publiques. De l’autre, le maintien ou l’arrivée de figures proches du sérail interroge sur la prééminence des calculs politico-clientélistes sur l’expertise technique. La reconduction de Tryphon Kinkey Mulumba à la RVA ou la promotion d’un ancien du cabinet présidentiel à la SOKIMO en sont des illustrations.
La crédibilité de ce vaste remaniement ne se jugera pas aux décrets de nomination, mais aux résultats tangibles qui en découleront. Les nouveaux mandataires héritent d’entreprises souvent minées par des années de mauvaise gestion, de dettes colossales et d’ingérence politique. Leur capacité à résister aux pressions, à assainir les finances et à impulser une croissance réelle sera scrutée à la loupe par les partenaires techniques et financiers, ainsi que par une opinion publique de plus en plus exigeante. L’échec de cette stratégie de nominations pourrait fragiliser durablement non seulement la crédibilité économique du gouvernement, mais aussi l’équilibre même de sa majorité politique, dont certains membres espèrent sans doute tirer profit de ces nouvelles positions.
En définitive, ces ordonnances ouvrent une nouvelle séquence dans la gouvernance des actifs étatiques en RDC. Elles incarnent un double défi : celui de la modernisation administrative et celui de la résistance aux vieux démons du patrimonialisme. Les prochains mois révèleront si cette opération de haute volée est le prélude à un véritable « new deal » pour les entreprises publiques ou simplement un épisode de plus dans la chronique d’un immobilisme annoncé. La balle est désormais dans le camp des nouveaux promus, dont les premiers actes seront décisifs.
Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net
