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Interdiction pantalon femmes Haut-Katanga : la polémique

Depuis quelques jours, le bâtiment du Cadastre à Lubumbashi offre un spectacle inhabituel. Les agentes publiques, habituées à des tenues variées, arpentent désormais les couloirs vêtues de robes longues, de pagnes soigneusement noués ou de jupes tombant aux mollets. Cette transformation silencieuse est la conséquence directe d’une note circulaire émise par la division provinciale de la Fonction publique du Haut-Katanga, interdisant le port du pantalon, des minijupes et des tenues jugées « sexy » au travail. Pour beaucoup, cette directive vise à imposer une discipline vestimentaire stricte. Pour d’autres, elle sonne comme un retour en arrière, une entrave insidieuse à leurs libertés. Mais où trace-t-on la ligne entre la décence professionnelle et la discrimination genrée ?

Signée par Célestin Katolo Mulobe, le chef de la division provinciale, cette note interne menace de sanctions disciplinaires, pouvant aller jusqu’à la révocation, les femmes qui ne se conformeraient pas à ce nouveau code. L’autorité justifie sa décision par la nécessité de préserver l’image de l’agent public et de respecter un code de bonne conduite. Mais derrière ces arguments se cache une notion floue, celle de la « tenue sexy », qui laisse une large place à l’interprétation subjective et, selon les critiques, à d’éventuels abus. Cette interdiction pantalon femmes Haut-Katanga relance ainsi un débat plus large sur les normes dans la tenue sexy fonction publique RDC.

Sur le terrain, les avis sont profondément divisés. Certaines fonctionnaires, à l’instar de plusieurs rencontrées à l’entrée des services, acquiescent. « Il faut une certaine décence au travail, cela fait partie du professionnalisme », confie l’une d’elles, sous couvert d’anonymat. Mais la colère gronde chez beaucoup d’autres. Tytyne Kakese, une agente, ne mâche pas ses mots : « Cette note est sexiste et renforce les stéréotypes en milieu professionnel. On devrait plutôt se concentrer sur l’amélioration de nos conditions de travail exécrables ou la lutte contre la corruption. » Son témoignage résonne comme un cri du cœur, pointant du doigt les véritables priorités occultées par ce débat code vestimentaire Lubumbashi.

La légitimité même de la mesure est contestée. Le professeur Didier Makal, de l’Université de Lubumbashi, souligne son illégalité potentielle. « Aucun texte légal en vigueur ne définit des concepts aussi subjectifs que ‘tenue sexy’ ou ‘body’. Menacer des femmes de révocation sur une base aussi floue est juridiquement infondé », affirme-t-il. Cette analyse juridique jette une lumière crue sur le fond du problème : l’administration peut-elle édicter des règles en dehors du cadre légal établi ? La note Fonction publique Haut-Katanga semble ignorer ces garde-fous.

Les organisations de défense des droits femmes administration congolaise montent au front. Dorcas Kazadi, porte-parole de l’ONG « Rien sans la Femme », rappelle que l’article 14 de la Constitution congolaise garantit l’élimination de toute forme de discrimination à l’égard des femmes. « Cette directive va à l’encontre de l’esprit et de la lettre de la loi fondamentale. Elle perpétue l’idée que le corps de la femme doit être contrôlé, même dans l’espace professionnel », dénonce-t-elle. Du côté politique, la vice-présidente de l’Assemblée provinciale du Haut-Katanga, Liliane Komba, annonce vouloir saisir l’instance pour examen, jugeant la mesure attentatoire aux libertés individuelles. La députée provinciale Benatar Chilufya Mathilda enfonce le clou : l’administration publique ferait mieux de s’attaquer aux « défis majeurs » que sont les mauvaises conditions de travail, la corruption et le non-respect des règles professionnelles de base.

Au-delà du simple code vestimentaire, cette polémique révèle des fissures bien plus profondes. Elle met en lumière les défis persistants liés à la condition des femmes dans la fonction publique congolaise : l’accès limité aux postes de décision, les inégalités salariales, et une reconnaissance professionnelle souvent entravée par des préjugés tenaces. L’interdiction du pantalon au Haut-Katanga pose une question fondamentale : l’administration publique doit-elle être un lieu de conformité à des normes culturelles parfois archaïques, ou un espace moderne où l’égalité des chances et le respect des droits individuels sont la règle ? Alors que le débat fait rage à Lubumbashi et au-delà, une chose est sûre : la note de la Fonction publique du Haut-Katanga a ouvert une boîte de Pandore. Elle force la société congolaise à s’interroger sur la place de la femme dans la sphère professionnelle et sur les véritables priorités d’une administration en quête de crédibilité et d’efficacité.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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