Le chef-lieu provisoire du Nord-Kivu, Beni, accueille depuis ce lundi 23 février un événement sans précédent. À l’initiative du gouverneur militaire, le général Evariste Kakule Somo, un forum de trois jours se penche sur les causes et les conséquences du phénomène ADF. Cette rencontre, la première du genre à ce niveau, rassemble un panel impressionnant d’acteurs. Autorités provinciales et nationales, partenaires régionaux et internationaux, représentants de la société civile, leaders communautaires, experts, jeunes et femmes : tous sont conviés à la même table. L’objectif est clair et ambitieux : peaufiner des stratégies pour renforcer la coordination des actions et, surtout, proposer des réponses durables pour la paix dans l’Est de la République Démocratique du Congo.
Pourquoi un tel forum est-il jugé nécessaire aujourd’hui ? Le contexte sécuritaire fournit une réponse glaçante. Malgré plus d’une décennie d’opérations militaires, les rebelles des Forces Démocratiques Alliées (ADF) continuent de semer la mort et la désolation. Les chiffres, issus de la société civile et des organisations de défense des droits de l’homme, sont accablants. Depuis 2013, ce groupe armé serait responsable de la mort de 13 000 à 18 000 civils dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Cette violence extrême ne se limite pas aux massacres. La région est régulièrement confrontée à des enlèvements, des attaques ciblées, et des incendies criminels visant des véhicules de transport, des habitations et même des structures sanitaires. Le résultat est une crise humanitaire majeure, avec des milliers de civils contraints de fuir leurs foyers pour échapper à l’activisme de ces hommes armés.
La persistance de cette menace interroge. Depuis treize ans, plusieurs opérations militaires des Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), parfois menées conjointement avec la Mission de l’Organisation des Nations Unies pour la stabilisation en RDC (MONUSCO), ont été déployées. Depuis quatre ans, une collaboration plus étroite avec l’armée ougandaise (UPDF) a été instaurée. Pourtant, la neutralisation définitive des ADF reste un objectif lointain. La résilience du groupe, souvent attribuée à son allégeance au groupe terroriste État islamique en Afrique centrale, complique considérablement la tâche des forces de sécurité. Face à cet échec relatif des approches purement militaires, le forum de Beni représente un changement de paradigme. Il s’agit désormais d’examiner le phénomène dans sa globalité et de proposer des stratégies concertées, mêlant sécurité, développement et dialogue communautaire.
La composition des participants témoigne de cette volonté d’approche holistique. Outre les autorités congolaises, des représentants de la MONUSCO, du gouvernement ougandais et de plusieurs ambassades européennes accréditées en RDC prennent part aux débats. Cette présence internationale est cruciale. Elle souligne la dimension transfrontalière de la menace ADF et la nécessité d’une réponse coordonnée au niveau de la région des Grands Lacs. La société civile et les leaders locaux, souvent en première ligne face aux conséquences des violences, apportent quant à eux une expertise du terrain indispensable. Leur voix est essentielle pour comprendre les dynamiques locales et proposer des solutions acceptables par les populations affectées.
Que peut-on attendre concrètement de ces trois jours de travaux ? Les organisespèrent aboutir à une feuille de route claire. Celle-ci devrait définir des mécanismes de coordination renforcés entre les différentes forces militaires et les acteurs civils. Elle pourrait également inclure des recommandations pour couper les sources de financement des rebelles, lutter contre leur propagande et réintégrer les personnes influençables. La question de la sécurisation des axes routiers et du retour des déplacés dans leurs villages sera également au cœur des discussions. Le défi est de taille, mais l’urgence est absolue. Chaque jour perdu se traduit par de nouvelles vies brisées dans les territoires de Beni et d’Irumu.
Le forum sur les ADF à Beni marque-t-il un tournant décisif dans la lutte contre l’insécurité dans l’Est de la RDC ? La réponse dépendra de la capacité des participants à transcender les discours et à traduire leurs engagements en actions concrètes et financées. L’histoire récente est jonchée de bonnes intentions non suivies d’effets. Cependant, la gravité de la situation et la mobilisation inédite observée cette semaine à Beni laissent entrevoir un frémissement d’espoir. La communauté nationale et internationale a les yeux rivés sur cette ville symbole de la résilience congolaise. Le temps des diagnostics est révolu ; place maintenant à l’action concertée pour la paix et la sécurité au Nord-Kivu et en Ituri.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
