Un forum d’une importance capitale s’est ouvert ce lundi à Beni, dans le Nord-Kivu, avec pour mission de décortiquer l’un des problèmes sécuritaires les plus tenaces de la région : la menace des Forces Démocratiques Alliées (ADF). Organisé à l’initiative du gouverneur militaire, le général Evariste Kakule Somo, cette rencontre de trois jours rassemble une palette d’acteurs rarement réunie. Autorités provinciales et nationales, partenaires internationaux, représentants de la société civile, leaders communautaires, experts, ainsi que des femmes et des jeunes sont appelés à plancher sur une question brûlante. Leur objectif ? Forger des stratégies concertées pour enfin venir à bout d’une insurrection qui résiste depuis plus d’une décennie aux opérations militaires.
Le contexte est celui d’une urgence absolue. Malgré des années de combats menés par les Forces Armées de la République Démocratique du Congo (FARDC), souvent en coalition avec la Mission des Nations Unies (MONUSCO), et depuis quatre ans avec l’armée ougandaise (UPDF), les attaques contre les civils n’ont pas cessé. Comment expliquer cette persistance ? Le forum de Beni se donne justement pour tâche d’examiner en profondeur les racines de cette violence armée en RDC. Les participants devront analyser les causes et les conséquences dévastatrices du phénomène ADF, dans l’espoir de proposer des réponses nouvelles et durables.
Les chiffres avancés par les organisations de défense des droits de l’homme sont accablants. Depuis 2013, les rebelles ADF seraient responsables de la mort de 13 000 à 18 000 civils dans les provinces du Nord-Kivu et de l’Ituri. Cette violence ne se limite pas aux massacres. La région est régulièrement le théâtre d’enlèvements, d’attaques ciblées et de pillages systématiques. Des véhicules de transport sont incendiés, des maisons réduites en cendres et des structures sanitaires détruites, plongeant des communautés entières dans la terreur et le dénuement. Des milliers de familles ont été contraintes de fuir, ajoutant le drame des déplacés internes à la longue liste des conséquences de cette insécurité chronique.
La présence de partenaires de poids à ce forum sécurité Nord-Kivu témoigne de l’importance de l’enjeu. Des représentants de la MONUSCO, du gouvernement ougandaise et de plusieurs ambassades européennes accréditées en RDC assistent aux travaux. Leur implication est cruciale, car la réponse à la menace ADF dépasse largement le cadre national. L’allégeance de ce groupe au réseau terroriste État islamique en Centrafrique a, en effet, internationalisé le conflit et complexifié les opérations militaires contre les ADF. Une coordination renforcée entre tous les acteurs apparaît donc non pas comme une option, mais comme une nécessité impérieuse.
Ce premier forum de son genre au niveau provincial et national représente-t-il un tournant décisif ? Beaucoup l’espèrent à Beni. Les assises visent explicitement à « peaufiner des stratégies » et à « renforcer la coordination des actions ». Il ne s’agit plus seulement de réagir aux attaques, mais de comprendre les mécanismes de recrutement, les circuits de financement et les sanctuaires de ce groupe armé. La recherche de solutions durables pour la paix passe nécessairement par une analyse froide et collective des échecs passés. Les opérations militaires, si elles restent indispensables, doivent s’inscrire dans une approche globale intégrant les dimensions politique, économique et sociale du conflit.
Les attentes des populations locales, meurtries par des années de violence, sont immenses. Elles vivent au quotidien avec la peur d’une nouvelle attaque, l’angoisse de perdre un proche ou la précarité de l’exil. Le succès de ce forum ne se mesurera pas aux déclarations de clôture, mais à sa capacité à générer des actions concrètes sur le terrain. La neutralisation définitive des ADF exigera une volonté politique inébranlable, des ressources adaptées et une coopération sans faille. Alors que les discussions débutent à Beni, une question subsiste : cette concertation inédite parviendra-t-elle à briser le cycle infernal de la violence et à ouvrir enfin une voie vers la stabilité tant attendue dans l’est de la RDC ?
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: radiookapi.net
