Dans un contexte où les critiques sur la lenteur et l’intégrité de l’appareil judiciaire congolais restent vives, une étape significative vient d’être franchie pour répondre à ces défis. La formation initiale de la deuxième vague de 2 500 magistrats, nommés par ordonnance présidentielle en mars de l’année dernière, a été clôturée ce samedi 21 février 2026 au Palais du Peuple à Kinshasa. Cette cérémonie solennelle, marquant l’aboutissement d’un parcours de trois mois intensif, a été présidée par les plus hautes autorités judiciaires du pays, dont Dieudonné Kamuleta Badibanga, président du Conseil supérieur de la magistrature (CSM).
Devant un parterre de personnalités du monde judiciaire, le président du CSM, également à la tête de la Cour constitutionnelle, a livré un discours empreint de solennité et d’exhortation. Il a affirmé que cette cérémonie ne constituait pas simplement la fin d’un cycle d’apprentissage, mais le point de départ d’une mission fondamentale : dire le droit en toute indépendance et impartialité. Quelle portée cette injection massive de nouveaux juges et procureurs peut-elle avoir sur le quotidien des justiciables congolais ?
Dans son allocution, Dieudonné Kamuleta Badibanga a adressé des recommandations fermes aux nouveaux magistrats, les appelant à résister aux pressions et à refuser toute facilité contraire à l’éthique. « La véritable grandeur du magistrat ne se mesure ni à son rang ni à son pouvoir, mais à sa droiture, à sa conscience et à son sens de la justice », a-t-il martelé, rappelant que le CSM assumerait pleinement sa mission de garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire et la protection des magistrats dans l’exercice de leurs fonctions, à condition qu’ils restent dans la droiture.
Le ton était à la fois paternaliste et intransigeant, soulignant que la toge n’était pas un privilège mais une lourde responsabilité envers la République. « C’est la République qui vous a recrutés, c’est elle qui vous a formés, c’est encore elle qui vous rémunère, et c’est toujours elle qui vous donne les moyens d’agir avec autorité. C’est donc elle qui doit être protégée et honorée », a insisté le haut magistrat. Ce discours place d’emblée la nouvelle génération sous le signe d’un service exclusif à l’État de droit.
De son côté, le ministre d’État, ministre de la Justice et Garde des Sceaux, Guillaume Ngefa, a présenté ce recrutement massif comme un renouvellement essentiel de l’institution judiciaire elle-même. Il a reconnu que cette initiative était le fruit d’une volonté politique forte, surmontant un contexte budgétaire national pourtant contraint. Pour le Garde des Sceaux, cette formation répondait à une exigence impérieuse : rétablir la capacité de la justice à remplir sa mission constitutionnelle. Peut-on dès lors espérer un désengorgement palpable des tribunaux et une justice plus accessible ?
« Il ne peut exister d’État de droit effectif sans une magistrature numériquement suffisante, techniquement compétente et moralement irréprochable », a déclaré Guillaume Ngefa, résumant ainsi l’ambition du projet. Il a précisé que la formation dispensée ne visait pas seulement l’acquisition de connaissances juridiques, mais préparait surtout à l’exercice d’une fonction d’une gravité particulière : dire le droit au nom du peuple congolais. La magistrature, a-t-il rappelé, n’est ni un métier ordinaire ni un simple emploi public, mais un office régi par la loi et une déontologie stricte.
Cette deuxième cohorte, formée de novembre 2025 à février 2026 sur les sites de Kinshasa et de Lubumbashi, portait sur 31 modules dispensés par 86 formateurs. L’accent a été mis sur le renforcement de l’éthique, de la compétence et de la déontologie des magistrats civils et militaires avant leur déploiement sur l’ensemble du territoire national. Ajoutée à la première vague de 2 500 magistrats recrutés précédemment, elle porte à 5 000 le nombre de magistrats dits de « l’État de droit » intégrés depuis 2022. Cette politique de recrutement magistrats sans précédent vise explicitement à moderniser et moraliser une justice congolaise souvent décriée.
L’objectif affiché par le gouvernement est clair : fluidifier le traitement des dossiers et améliorer l’accès à la justice pour une population de plus de 100 millions d’habitants. Avant ces vagues de recrutement, le nombre de magistrats en République Démocratique du Congo était estimé à environ 3 000, un chiffre unanimement considéré comme dramatiquement insuffisant pour répondre aux besoins d’une nation de cette ampleur. La réforme de la justice congolaise passe donc, en première ligne, par un effort quantitatif massif.
Les prochaines étapes seront cruciales. L’arrivée de ces 2 500 nouveaux magistrats sur le terrain constituera le véritable test de cette politique. Leur capacité à appliquer les principes d’intégrité et de compétence inculqués lors de leur formation, souvent dans des tribunaux aux moyens limités et face à des pressions diverses, sera scrutée. Le Conseil supérieur de la magistrature aura un rôle clé à jouer dans le suivi et le soutien de ces professionnels, comme promis par son président. La crédibilité de l’ensemble du processus de réforme justice congolaise en dépend. Seul le temps et la pratique judiciaire quotidienne permettront de mesurer si cette initiative marque un tournant décisif vers un système plus efficace et plus juste, ou si elle se heurtera aux réalités structurelles persistantes.
Article Ecrit par Cédric Botela
Source: Actualite.cd
