25.2 C
Kinshasa
lundi, février 23, 2026

Toute l'Actualité RDC, en Direct et en Détail

AccueilActualitéPolitiqueOr monétaire RDC : La BCC mise sur l'or national pour doper...

Or monétaire RDC : La BCC mise sur l’or national pour doper le franc congolais

Le gouverneur de la Banque centrale du Congo (BCC), André Wameso, a-t-il trouvé la clé pour enfin assurer la stabilité macroéconomique de la RDC ? La signature, ce vendredi 20 février à Kinshasa, d’un contrat stratégique avec la société DRC Gold Trading pour la constitution de réserves en or monétaire marque un tournant politique et économique dont les implications méritent une analyse approfondie. Sous le regard de la ministre du Portefeuille, Julie Shiku, ce partenariat avec une entité à capitaux 100% congolais, où l’État est actionnaire majoritaire, est présenté comme une pierre angulaire de la souveraineté financière nationale. Mais au-delà des discours, quelle est la véritable portée de cette manœuvre ?

Selon les termes défendus par André Wameso, le mécanisme est d’une simplicité théorique séduisante : DRC Gold Trading achète l’or produit artisanalement ou industriellement sur le sol congolais, le revend à la Banque centrale du Congo, qui le transforme en or monétaire pour gonfler les réserves internationales du pays. « Notre monnaie devient forte », a-t-il déclaré, résumant ainsi l’objectif ultime. Cette stratégie vise directement à consolider la valeur du franc congolais, un serpent de mer de la politique économique congolaise. En ancrant la monnaie nationale à une réserve tangible et universellement reconnue, la BCC espère créer un bouclier contre les chocs externes et l’inflation galopante. Le pari est de taille, mais repose sur une chaîne de valeur encore fragile, notamment la capacité à capter et formaliser la production d’or des « coins reculés du pays ».

L’analyse révèle une dimension politique sous-jacente à ce projet économique. En plaçant l’État comme actionnaire principal de DRC Gold Mining SA, le pouvoir en place renforce son contrôle sur un secteur stratégique, longtemps miné par l’informel et la contrebande. Ce contrat stratégique BCC n’est pas qu’une opération technique ; c’est un instrument de reconquête de la souveraineté sur les ressources minières. Le gouverneur Wameso a d’ailleurs habilement élargi le discours au-delà du secteur minier, appelant à une « prise de conscience » collective. Son plaidoyer pour l’épargne bancaire et la productivité dans tous les secteurs, de l’agriculture à la petite entreprise, traduit une volonté de lier le destin du citoyen à celui de la macroéconomie. Une telle rhétorique, si elle est mobilisatrice, place une lourde responsabilité sur les épaules des producteurs congolais, souvent confrontés à des défis infrastructurels et sécuritaires insurmontables.

Quels sont les véritables enjeux et les écueils potentiels ? La réussite de ce schéma dépend de plusieurs facteurs critiques. Premièrement, la capacité de DRC Gold Trading à drainer une part significative de la production nationale d’or, en concurrence avec des circuits parallèles bien établis et souvent plus rémunérateurs pour le producteur immédiat. Deuxièmement, la crédibilité de la Banque centrale dans l’achat à un prix suffisamment incitatif. Enfin, la transformation de cet or physique en un actif de réserve liquide et fiable sur les marchés internationaux. L’échec à l’une de ces étapes rendrait l’exercice purement cosmétique, un « coup » médiatique sans impact sur la stabilité macroéconomique RDC tant espérée.

La présence de la ministre du Portefeuille à la signature n’est pas anodine. Elle signale que cette initiative dépasse le cadre strictement monétaire pour s’inscrire dans une politique plus large de gestion du patrimoine de l’État. Cependant, l’histoire économique de la RDC est pavée de bonnes intentions et de réformes ambitieuses dont les résultats sont restés en deçà des attentes. Le gouverneur joue donc gros avec cette réforme. Son succès pourrait effectivement renforcer la marge de manœuvre de l’État et la confiance dans le franc congolais. Son échec, ou sa perception comme un outil de captation au profit d’un cercle restreint, pourrait au contraire fragiliser durablement la crédibilité des institutions monétaires et enterrer pour longtemps l’idée d’une indépendance monétaire fondée sur les ressources nationales.

La route vers la constitution de solides réserves or Banque centrale Congo est semée d’embûches. Les prochains mois seront déterminants pour observer si les déclarations de principe se transforment en flux tangibles d’or monétaire venant renforcer les coffres de la nation. L’appel à la conscience nationale du gouverneur Wameso trouvera-t-il un écho auprès des acteurs de terrain, ou restera-t-il un vœu pieux dans le paysage économique congolais ? La réponse se construira dans l’orpaillage du Kivu, du Maniema et de l’Ituri, bien loin des bureaux climatisés de Kinshasa où les contrats sont signés.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: radiookapi.net

Commenter
Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
Actualité Liée

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici


Actualité Populaire Liée

Actualité Populaire RDC

Résumé de l'actualité quotidienne

Le Brief du Jour du 22 Février 2026

RDC : remaniement majeur à Tshopo, triple crise sanitaire au Sud-Kivu, nouvelle carte de presse pour les journalistes, 71 PME de Bunia soutenues financièrement, opération de sécurité à Mangina, relance de l'eau potable à Demba et initiatives d’autonomisation des détenues à Bunia. Toute l’actualité essentielle du 22 février 2026 en 3 min.

Derniers Appels D'offres

Derniers Guides Pratiques