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Tshopo : Paulin Lendongolia recompose son gouvernement dans un remaniement à 80%

Le paysage politique provincial de la Tshopo vient de connaître un séisme administratif d’une ampleur rare. Samedi 21 février, le gouverneur Paulin Lendongolia a officialisé la composition d’un nouveau gouvernement, opérant un remaniement qui touche pas moins de 80% des portefeuilles. Cette décision, intervenant dans un contexte où la stabilité des exécutifs locaux est souvent mise à l’épreuve, interroge sur la stratégie de l’hôtel de ville de Kisangani et sur les équilibres politiques sous-jacents. Le gouverneur Lendongolia, en procédant à un tel reset, prend un risque calculé dont les répercussions détermineront la capacité de sa province à mettre en œuvre son programme de développement.

La comparaison avec l’équipe précédente est éloquente et révélatrice des tensions qui pouvaient la traverser. L’ancienne composition gouvernementale comptait en son sein sept députés provinciaux, une imbrication des pouvoirs source de conflits d’intérêts potentiels. L’épisode des trois ministres-députés ayant démissionné en octobre 2025 pour regagner les bancs de l’Assemblée provinciale avait d’ailleurs mis en lumière les failles d’un tel système. Le nouveau gouvernement Tshopo opère une clarification nette : sur les cinq membres de l’ancienne équipe écartés, la plupart étaient issus de cette catégorie. Lendongolia semble ainsi vouloir affirmer l’indépendance de l’exécutif et éviter les distractions parlementaires, une décision audacieuse qui pourrait soit renforcer son autorité, soit lui aliéner des soutiens cruciaux au sein de l’assemblée.

Le cœur de ce remaniement provincial réside dans sa nouvelle composition gouvernementale. Avec seulement dix ministres, contre onze auparavant, l’équipe affiche une volonté de rationalisation. Cependant, le maintien de portefeuilles aussi vastes et composites – certains ministres cumulant jusqu’à huit domaines de compétence – laisse perplexe quant à l’efficacité opérationnelle promise. Seuls deux visages survivent à cette refonte. Bijou Koy Taka conserve son ministère « fourre-tout » de l’Environnement, du Développement durable et rural, de l’Agriculture, de la Pêche et de l’Élevage, un signe de satisfaction ou de simple continuité dans un secteur critique. Le cas de Madropia Patrick Valancio est plus intrigant : quittant les Finances, un poste stratégique, pour les Infrastructures et Travaux publics, est-ce une promotion, une sanction déguisée ou une adaptation aux priorités annoncées par Paulin Lendongolia ? Le message est pour le moins ambigu.

L’analyse de la liste des nouveaux ministres Tshopo invite à s’interroger sur les critères de sélection. La parité, défi récurrent en RDC, reste un point noir avec seulement deux femmes ministres, Botshaka Boyale Arlène aux Finances et… la liste s’arrête là. Cette faible représentation contraste avec les discours nationaux sur l’égalité des genres. Par ailleurs, la répartition des postes clés mérite examen. Confier les Relations avec l’Assemblée provinciale au ministre des Mines, Atshoya Abaya Elie, est un choix tactique. S’agit-il de mieux « gérer » les élus sur des dossiers aussi sensibles et lucratifs que les ressources minières et énergétiques ? Cette fusion des rôles pourrait faciliter le dialogue ou, à l’inverse, créer des conflits d’intérêt majeurs.

Que signifie ce vaste mouvement pour l’avenir politique de la province ? Paulin Lendongolia joue manifestement une carte de renouvellement et de rupture. En écartant massivement les anciens, il cherche probablement à insuffler une nouvelle dynamique et à s’affranchir des poids politiques hérités. Cependant, un remaniement provincial aussi radical n’est pas sans danger. Il nécessite une période d’adaptation et de rodage qui peut ralentir l’action gouvernementale. La légitimité des nouveaux venus, souvent moins aguerris, sera rapidement testée sur le terrain des réalisations concrètes. Le gouverneur mise sur l’effet de surprise et l’enthousiasme d’un nouveau départ, mais la loyauté d’une équipe nouvellement formée reste à construire.

En définitive, la mise en place de ce gouvernement Tshopo version II place la barre très haut pour Paulin Lendongolia. Les citoyens de la province attendront des preuves tangibles que ce grand chambardement n’est pas qu’un simple jeu de chaises musicales politico-administratif, mais bien le prélude à une amélioration de la gouvernance et des conditions de vie. La pression sur les nouveaux ministres Tshopo sera immédiate, notamment sur le porte-parole du gouvernement, Elondia Atisadi, chargé du Plan et du Budget, qui devra justifier les choix et les orientations. L’équipe devra très vite passer de l’annonce à l’action, sous le regard scrutateur d’une assemblée dont certains membres pourraient voir d’un mauvais œil leur exclusion du pouvoir exécutif. La stabilité de ce nouvel édifice repose désormais sur sa capacité à produire des résultats rapides et visibles.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: mediacongo.net

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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