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RDC : La nouvelle carte de presse, un rempart contre la désinformation ?

Dans la salle feutrée de l’hôtel Béatrice à Kinshasa, l’atmosphère était chargée d’un mélange d’espoir et de gravité. Ce jeudi 19 février 2026, l’Union nationale de la presse du Congo (UNPC) a officiellement levé le voile sur la nouvelle carte de presse RDC, dénommée « Carte d’identité professionnelle du journaliste congolais ». Un petit rectangle de PVC, mais porteur d’une lourde responsabilité. Pour de nombreux reporters présents, cet objet symbolise enfin la promesse d’une reconnaissance et d’une protection tant attendues, dans un paysage médiatique souvent tumultueux. Mais derrière ce symbole, se cache une question fondamentale : cette carte suffira-t-elle à assainir une profession mise à mal par la précarité, les pressions et parfois, la dérive ?

« Cette carte en PVC est résistante à la chaleur jusqu’à 80°C, à l’humidité, aux rayons UV et aux rayures », a détaillé avec une fierté palpable Charles Dimandja Wembi, président de la Commission chargée de la carte. Entre ses mains, le spécimen n’était pas qu’un simple bout de plastique. Il était bardé de sécurité : hologramme personnalisé, encre anti-scan, filigrane, code QR relié à une base de données, code-barres unique. « La sécurisation des éléments variables, c’est la photo du journaliste, son nom, sa fonction, la signature autorisée de l’UNPC… pour conférer à cette carte une légitimité indiscutable », a-t-il martelé. L’objectif est clair : lutter contre l’usurpation d’identité et établir un registre fiable des vrais professionnels. Dorénavant, tout journaliste professionnel Congo devra arborer ce sésame pour attester de sa légitimité. Cette rigueur technique répond à un besoin criant : distinguer le bon grain de l’ivraie dans un milieu où le titre de « journaliste » est parfois galvaudé.

La cérémonie était placée sous le signe d’une volonté politique affichée. Représentant le ministre Patrick Muyaya, Nicolas Lianza a rappelé le socle légal de cette réforme : l’ordonnance-loi Muyaya n°23/009 du 13 mars 2023. « La Carte d’Identité Professionnelle confère officiellement à son titulaire la qualité de professionnel des médias. Mais au-delà de cette reconnaissance juridique, elle constitue un engagement », a-t-il souligné. Son discours a pris une tonalité plus grave, évoquant le contexte géopolitique brûlant. « Être journaliste en République Démocratique du Congo aujourd’hui, dans un contexte marqué par la guerre informationnelle orchestrée par le Rwanda, exige une conscience aiguë de sa mission et de sa responsabilité. La responsabilité professionnelle impose le respect strict de l’éthique et de la déontologie, le refus de la désinformation et des discours de haine. » La carte devient ainsi un outil au service de la cohésion nationale, dans un pays en proie aux conflits et à la manipulation de l’information.

Mais une carte sécurisée fait-elle automatiquement un bon journaliste ? Cette interrogation plane sur les efforts de professionnalisation. Pour le président national de l’UNPC, Kamanda wa Kamanda Muzembe, l’instrument est avant tout un levier de crédibilité et de protection. « Un journaliste identifié, formé et reconnu, est un acteur de l’État de droit, il participe à la transparence, à la redevabilité et à la cohésion nationale », a-t-il affirmé. Il a rappelé que la délivrance sera conditionnée au respect de critères stricts, un filtrage nécessaire après la suspension décidée en octobre 2024 pour « assainir la profession et lutter contre les intrus ». Cette démarche s’inscrit dans le cadre plus large de l’autorégulation médias, une mission dont l’UNPC se veut désormais le fer de lance, conformément à la loi. Le défi est de taille : comment garantir que cet outil ne devienne pas un instrument d’exclusion ou de contrôle, mais bien un vecteur d’émancipation et de qualité de l’information ?

Sur le terrain, les réactions sont mitigées. Certains journalistes saluent une avancée majeure qui pourrait faciliter leur accès aux sources officielles et les protéger contre les arrestations arbitraires. D’autres, plus sceptiques, s’interrogent sur le coût de la carte, les modalités pratiques de son obtention et surtout, sur sa capacité réelle à améliorer leurs conditions de travail souvent précaires. La professionnalisation par un document, si sécurisé soit-il, ne suffira pas à elle seule à enrayer la défiance du public ou les ingérences politiques. Elle doit s’accompagner d’une formation continue, d’une rémunération décente et d’une protection juridique renforcée pour ceux qui prennent des risques pour informer.

Le lancement de cette nouvelle carte de presse est donc bien plus qu’un événement administratif. C’est un signal fort envoyé par les autorités et la corporation vers une ère de responsabilité et de transparence. Elle matérialise une étape cruciale dans la longue marche vers un journalisme congolais apaisé, crédible et respecté. Cependant, l’histoire de la carte de presse RDC ne fait que commencer. Son succès ne se mesurera pas à la sophistication de ses hologrammes, mais à sa capacité à redonner confiance aux citoyens, à protéger les lanceurs d’alerte et à permettre aux vrais professionnels d’exercer leur métier avec dignité et en toute sécurité. La balle est maintenant dans le camp de l’UNPC et des pouvoirs publics : sauront-ils transformer ce symbole en une réalité tangible pour l’ensemble de la profession ? L’avenir de l’information en RDC en dépend.

Article Ecrit par Chloé Kasong
Source: Actualite.cd

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Chloé Kasong
Chloé Kasong
Issue de Kinshasa, Chloé Kasong est une analyste rigoureuse des enjeux politiques et sociaux de la RDC. Spécialisée dans la couverture des élections, elle décortique pour vous l’actualité politique avec impartialité, tout en explorant les mouvements sociaux qui façonnent la société congolaise. Sa précision et son engagement font d'elle une voix incontournable sur les grandes questions sociétales.
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